Canadian Journal of Communication Vol 40 (2015)
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Review

France Aubin
Université du Québec à Trois-Rivières


Droits et enjeux de la communicationDroits et enjeux de la communication. Par Normand Landry. Québec : Presses de l’Université du Québec, 2013, 290 pp. ISBN 9782760537668.


Un ouvrage, deux formats

L’ouvrage de Normand Landry, professeur de communication à la TÉLUQ, se présente sous deux formats : imprimé et électronique. Les deux formats ne livrent pas tout à fait le même contenu. L’auteur et sa maison d’édition (les PUQ) ont soigné tout particulièrement la dimension multimédia du format électronique (pdf) en offrant par exemple de nombreux hyperliens menant à des sites web ou encore à des extraits vidéo qui ne figurent évidemment pas dans l’ouvrage imprimé. De ce point de vue, l’usage en classe du document électronique est plus intéressant.

Sur le plan visuel, le document imprimé est souvent surchargé (de très nombreux encadrés, des alinéas multi-niveaux, de nombreuses listes précédées de puces …) ou au contraire, excessivement aéré (de grands espaces vides). Certains éléments d’information se trouvent à plusieurs endroits dans l’ouvrage imprimé, par exemple à la fois dans le texte et dans le tableau d’un chapitre et dans l’annexe, qui n’en est pas une à proprement parler puisqu’elle intègre le même type de narration que le reste de l’ouvrage (texte, tableau et notes en bas de page). Le format multimédia est de loin plus achevé. Ainsi, l’effet de redite est-il absent de la version pdf puisque les éléments énumérés dans l’introduction qui coiffe le chapitre sont cliquables et renvoient à d’autres sections, voire à des liens externes. On peut penser que la version imprimée a d’abord été conçue pour éviter la copie illégale de la version électronique et qu’elle sera donc utile pour constituer les recueils de textes pour les cours et pour servir d’ouvrage de référence imprimé à l’usage de ceux et celles qui aiment pouvoir feuilleter physiquement ce type d’ouvrage. On a tendance à oublier que c’est le cas de nombreux étudiants.

Un ouvrage, deux objectifs

L’ouvrage répond implicitement à deux grands objectifs qui se conjuguent rarement : il défend une thèse tout en la vulgarisant. En même temps qu’il expose les grandes lignes des droits de la personne et de la communication, il entreprend de démontrer comment ils sont intrinsèquement liés en théorisant ce que l’auteur nomme les droits à la communication :

Ces droits, qui dépassent le cadre offert par les libertés d’opinion et d’expression, regroupent des dimensions aussi fondamentales que l’accès à l’éducation, la participation à la vie culturelle, la préservation de la dignité humaine, des droits linguistiques et la vie privée, la participation aux affaires publiques, ainsi que la capacité d’apprécier les fruits de la créativité humaine, de se réunir et de s’associer librement et pacifiquement. (p. 18)

À notre connaissance, c’est une première et, à ce titre, l’ouvrage constitue une contribution théorique significative qu’on ne s’attend pas à trouver dans un ouvrage à visée pédagogique. Pour les chercheurs en communication qui s’intéressent à ces questions, l’ouvrage répond à un besoin très important et facilitera sans aucun doute le développement du courant de recherche associé.

Structure de l’ouvrage

L’ouvrage comprend cinq chapitres, un petit lexique (sans renvois) et une annexe. Chaque chapitre épouse une structure didactique : synthèse, introduction, développement et conclusion. Bien que l’auteur soit professeur en communication, les titres qu’il a donnés aux chapitres renvoient à une typologie juridique : droits habilitants, droits d’exercice et droits sécurisants. En même temps, les enjeux communicationnels sont présentés, et leur problématisation occupe une place centrale : ils sont « présentés et analysés sous l’angle bien spécifique des droits humains » (p. 17). L’auteur traite ainsi de la communication en lien avec le développement humain, la société de l’information (fracture numérique, cognitive), la société de surveillance (censure), la propagation de la haine, la propriété intellectuelle et la sphère publique démocratique (que l’auteur distingue de la sphère médiatique, qu’il introduit notamment avec la concentration des médias). L’ouvrage convient donc particulièrement aux exercices de débat en classe ou à la rédaction d’essais, combinant une prise de position et de solides connaissances, à l’instar de l’auteur.

Bien sûr, l’ouvrage a le défaut de ses qualités. La démonstration théorique vise un public averti, sans étayer longuement son propos par ailleurs, comme il le faudrait avec nombre de citations, étant donné la visée pédagogique de l’ouvrage. En contrepartie, cette visée pédagogique est parfois contrecarrée par le détail de l’exposition. Globalement, l’ouvrage correspond au genre répandu chez nos collègues anglophones du handbook, un manuel complet en lui-même, intégrant les documents de référence, de nombreuses synthèses, un lexique et des éléments de problématisation faciles à traduire en exercices.

Signalons enfin qu’en dépit du caractère un peu fastidieux qu’entraîne forcément le souci du détail et de l’exhaustivité requis pour ce type d’ouvrage, l’auteur adopte un ton résolument critique, voire militant, en insistant par exemple sur l’application problématique des droits. C’est l’une des nombreuses raisons pour lesquelles l’ouvrage risque fort de devenir rapidement un classique pour l’enseignement en communication au premier cycle.




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