Canadian Journal of Communication Vol 39 (2014) 509–511
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Review

By Karelle Arsenault
Université de Montréal 


BR-5aLes caricatures de Mahomet entre le Québec et la France : étude comparative des journaux Libération et Le Devoir. Par Lélia Nevert. Québec : Presses de l’Université du Québec, 2013. 231 pp. ISBN : 9782760536739.


Doctorante en cotutelle en communication à l’Université du Québec à Montréal et en histoire à l’École des hautes études en sciences sociales de Paris, Lélia Nevert offre dans cet ouvrage l’adaptation de son mémoire de maîtrise en histoire (Université Toulouse II).

En septembre 2005, le Jyllands Posten, quotidien danois, publie douze caricatures de Mahomet qui seront rapidement condamnées et deviendront l’objet d’une crise diplomatique entre certains pays arabes et musulmans et le reste de l’Occident. Les caricatures de Mahomet entre le Québec et la France propose d’examiner le traitement médiatique de cette crise par les journaux Le Devoir et Libération.

Après un retour bref mais concis sur les évènements, le corpus est situé sur le plan temporel et spatial. Ce rappel est constant tout au long de l’ouvrage, puisque celui-ci vise à observer, pour le mois de février 2006, les différences et ressemblances dans le traitement de la crise par Le Devoir et Libération. Ce sont deux quotidiens francophones, équivalents sur le plan de la politique et du lectorat selon l’auteure et « représentatifs de sociétés aux fonctionnements distincts » (p. 4). L’objectif est de se pencher sur la représentation faite de la religion et de l’islam dans les médias de France et du Québec.

Point de départ de la réflexion : la différence de ton observé entre les couvertures européenne et nord-américaine de l’évènement. Alors que la crise semble particulièrement importante en Europe, « notamment en raison du procès lancé par la mosquée de Paris à l’hebdomadaire français Charlie Hebdo, l’Amérique du Nord semble rester plus calme, ou peut-être davantage sur ses gardes » (ibid.). C’est ici que Nevert voit en l’étude de deux quotidiens d’origines différentes et par l’identification des convergences dans leur traitement médiatique de la crise un moyen de réfléchir aux débats suscités par la mise en images de Mahomet. Les deux quotidiens sélectionnés traitent différemment de l’information liée à la crise. Surtout, et ce qui est manifeste, ils traitent différemment de deux thèmes majeurs qui en découlent : la liberté d’expression et la religion. En comparant les deux journaux, l’auteure cherche ainsi à vérifier cette impression que Libération a priorisé le débat sur la liberté d’expression comme principe fondateur d’une démocratie laïque, là où Le Devoir s’est montré plus soucieux de la cohabitation interreligieuse. Rappelons, au même moment se tenait la Commission Bouchard-Taylor sur les pratiques d’accommodements liées aux différences culturelles.

La démarche est clairement indiquée, et l’on y voit d’ailleurs les traces d’un travail de recherche universitaire. La jeune chercheuse se lance d’abord dans un retour historique sur les journaux à l’étude pour ensuite entamer son analyse. Une première est quantitative et sert à faire état de l’importance accordée à l’évènement en matière de couverture. Elle relève le nombre d’articles (incluant les éditoriaux), le nombre de photographies, de courriers des lecteurs, de unes, de caricatures et de brèves et encadrés publiés dans chacun des journaux durant le mois de février 2006. Ce mois est le plus riche quant au nombre d’articles, d’où ce choix pour le corpus. Une seconde analyse, qualitative cette fois, décortique le contenu d’éditoriaux et de photographies sélectionnés pour leur représentativité ou leur singularité. Cette analyse sert à noter la différence de traitement et le regard porté sur la crise par les deux quotidiens respectivement.

À ce point, nous nous permettons un retour sur le premier chapitre de l’ouvrage portant sur l’histoire des deux quotidiens. Du fait qu’il s’agit d’une analyse particulièrement ciblée, nous nous sommes interrogée, au cours de la lecture, sur la nécessité de revenir sur la trajectoire des quotidiens depuis leur création (1910 pour Le Devoir et 1973 pour Libération). Assurément, comme le note l’auteure, le contexte d’écriture n’est pas le même d’un quotidien à l’autre et l’histoire de chacun détermine la manière dont l’information est traitée. Cela dit, les références à cet historique par la suite sont minimales et le retour plus ou moins significatif. Un tel chapitre s’inscrit néanmoins dans la démarche universitaire de l’auteure, ce qui justifie sans doute sa présence. Aussi, et malgré tout, les quelques pages qui y sont consacrées sont intéressantes dans une perspective plus large : d’une part, pour les étudiants à qui s’adresse notamment cet ouvrage; d’autre part, pour les lecteurs qui ne connaîtraient Le Devoir et Libération de nom et de réputation seulement. Cette lecture, par conséquent, montre un certain intérêt.

Dans tous les cas, l’analyse qualitative et quantitative proposée sert à « pointer les tendances similaires et opposées des deux quotidiens, [ainsi que] leurs dissemblances » (p. 35). L’auteure introduit des éléments théoriques pour étayer ses analyses et illustre par des graphiques les données quantitatives. Le tout est clair et bien expliqué, et les interprétations possibles des données sont intégrées au fur et à mesure. Ici réside toutefois le principal manque de l’ouvrage, qui aurait gagné à regrouper les constats et les réflexions subséquentes en un chapitre, quitte à introduire un brin de la subjectivité de l’auteure. La conclusion, très courte dans l’ouvrage, aurait pu servir cette discussion. Or ce « manque » fait peut-être montre de la volonté de l’auteure de prioriser la méthode de travail et de laisser une plus grande liberté au lecteur quant à ce qu’il est possible de tirer de son analyse. Celle-ci, malgré la spécificité de son corpus, ouvre la porte à un large éventail de réflexions, qualité non négligeable de l’ouvrage.

Quelques reproches mineurs : la présentation du Devoir comme d’un journal de droite, sectaire et catholique en début du chapitre 1, ce qui est sans doute vrai d’un point de vue historique, mais moins aujourd’hui (la mise en exergue des premières lignes de chaque chapitre pourrait être responsable de cette impression); l’introduction d’évènements d’actualité sans en expliquer la teneur pour le lecteur qui n’en aurait pas eu connaissance (une note explicative aurait suffi); et des graphiques parfois répétitifs. Au final, il n’y a là rien de bien dommageable pour l’ensemble. L’ouvrage est, du reste, bien écrit et agréable à lire considérant la nature descriptive de son contenu.

À ce point, nous nous permettons un retour sur le premier chapitre de l’ouvrage portant sur l’histoire des deux quotidiens. Du fait qu’il s’agit d’une analyse particulièrement ciblée, nous nous sommes interrogée, au cours de la lecture, sur la nécessité de revenir sur la trajectoire des quotidiens depuis leur création (1910 pour Le Devoir et 1973 pour Libération). Assurément, comme le note l’auteure, le contexte d’écriture n’est pas le même d’un quotidien à l’autre et l’histoire de chacun détermine la manière dont l’information est traitée. Cela dit, les références à cet historique par la suite sont minimales et le retour plus ou moins significatif. Un tel chapitre s’inscrit néanmoins dans la démarche universitaire de l’auteure, ce qui justifie sans doute sa présence. Aussi, et malgré tout, les quelques pages qui y sont consacrées sont intéressantes dans une perspective plus large : d’une part, pour les étudiants à qui s’adresse notamment cet ouvrage; d’autre part, pour les lecteurs qui ne connaîtraient Le Devoir et Libération de nom et de réputation seulement. Cette lecture, par conséquent, montre un certain intérêt.

Dans tous les cas, l’analyse qualitative et quantitative proposée sert à « pointer les tendances similaires et opposées des deux quotidiens, [ainsi que] leurs dissemblances » (p. 35). L’auteure introduit des éléments théoriques pour étayer ses analyses et illustre par des graphiques les données quantitatives. Le tout est clair et bien expliqué, et les interprétations possibles des données sont intégrées au fur et à mesure. Ici réside toutefois le principal manque de l’ouvrage, qui aurait gagné à regrouper les constats et les réflexions subséquentes en un chapitre, quitte à introduire un brin de la subjectivité de l’auteure. La conclusion, très courte dans l’ouvrage, aurait pu servir cette discussion. Or ce « manque » fait peut-être montre de la volonté de l’auteure de prioriser la méthode de travail et de laisser une plus grande liberté au lecteur quant à ce qu’il est possible de tirer de son analyse. Celle-ci, malgré la spécificité de son corpus, ouvre la porte à un large éventail de réflexions, qualité non négligeable de l’ouvrage.

Quelques reproches mineurs : la présentation du Devoir comme d’un journal de droite, sectaire et catholique en début du chapitre 1, ce qui est sans doute vrai d’un point de vue historique, mais moins aujourd’hui (la mise en exergue des premières lignes de chaque chapitre pourrait être responsable de cette impression); l’introduction d’évènements d’actualité sans en expliquer la teneur pour le lecteur qui n’en aurait pas eu connaissance (une note explicative aurait suffi); et des graphiques parfois répétitifs. Au final, il n’y a là rien de bien dommageable pour l’ensemble. L’ouvrage est, du reste, bien écrit et agréable à lire considérant la nature descriptive de son contenu. 




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