Canadian Journal of Communication Vol 41 (2016) 65–73
©2016 Canadian Journal of Communication Corporation


Cadrer les définitions du cadrage : une recension multidisciplinaire des approches du cadrage médiatique

Catherine Lemarier-Saulnier
Université du Québec à Trois-Rivières

Catherine Lemarier-Saulnier est étudiante au doctorat dans le Département d’information et de communication de l’Université Laval. Courriel : catherine.lemarier-saulnier.1@ulaval.ca .


ABSTRACT  Media framing is a ubiquitous concept in studies of political mediatization. This article proposes to present the diverse approaches and research traditions that employ this polysemic concept, notably by establishing differences between studies related to sociology and those related to psychology. First, it focuses on the particularities and limits of each of these great research traditions on media framing. Then, it proposes a distinction between notions of framing and frames.

KEYWORDS  Frames; Media framing; Political mediatization

RESUMÉ  Le cadrage médiatique est un concept omniprésent dans les recherches portant sur la médiatisation de la politique. Cet article propose de présenter les diverses approches et traditions de recherche qui utilisent ce concept polysémique, notamment en établissant les différences entre les études liées à la sociologie et celles liées à la psychologie. D’abord, il sera question des particularités et des limites de chacune de ces grandes traditions de recherche sur le cadrage médiatique. Puis une distinction entre les concepts de cadrage et de cadre sera apportée.

MOTS CLÉS  Cadres; Cadrage médiatique; Médiatisation de la politique


Introduction

Dans la langue française, le verbe « cadrer » revêt plusieurs significations. Qu’il soit question de cadrer une photo ou encore de cadrer un tir dans les buts au soccer, le cœur de ces expressions est d’établir les limites d’un objet par choix ou par contrainte. Rien d’étonnant alors que le concept de cadrage, inspiré de ce verbe, soit si polysémique dans les recherches en sciences humaines, et particulièrement celles en communication. Pour de Vresse et Lecheler (2012), ce flou théorique s’explique par le fait que les définitions du cadrage sont souvent personnalisées à la recherche pour laquelle ce concept est mobilisé.

Avec l’engouement des dernières années sur la question du cadrage, il est d’autant plus difficile de s’y retrouver. En effet, uniquement depuis les années 2000, 30 articles portant explicitement sur le cadrage ont été publiés dans cette revue scientifique même, soit le Journal canadien de la communication. C’est-à-dire que, depuis le début des années 2000, 30 textes utilisent le mot cadrage, ou l’un de ses dérivés (framing, frame, frames, cadrage, cadre, cadres), soit dans le titre, soit dans le résumé ou encore dans les mots clés. Par contre, lorsque l’on étend la recherche du mot « framing » à tous les champs, le résultat des ouvrages cités par le site web de la revue dépasse les cent-soixante occurrences pour la même période; et lorsqu’il s’agit du mot « frame », le chiffre bondit à deux cent soixante-huit.

Pour les jeunes chercheurs s’intéressant au cadrage médiatique, il n’est donc pas étonnant de constater une difficulté à se retrouver dans cette masse de définitions, parfois très différentes les unes des autres. Ce texte propose donc d’établir les principes fondateurs du cadrage, et cela en passant par la description des deux grandes traditions de recherche présentes dans le domaine de la communication. L’objectif de ce texte est donc d’aider les jeunes chercheurs (ou les néophytes) à comprendre les grandes lignes du cadrage.

Méthode utilisée

Pour réaliser cette réflexion théorique sur le cadrage, nous avons procédé à une recension des écrits sur la question. Pour ce faire, nous avons utilisé la méthode des mots clés dans le moteur de recherche de la bibliothèque de l’Université Laval, puis dans la base de données Communication & Mass Media Complete. Nous avons mobilisé les mots clés suivants : framing et frame, ainsi que leurs équivalents français, cadrage et cadre. Nous avons ensuite sélectionné aléatoirement un échantillon de quatre-vingt-huit textes. Ces textes sont des articles publiés dans des revues scientifiques ou encore des livres spécialisés sur la question. Lors de notre recension, nous avons séparé les textes en trois grandes catégories : les ouvrages théoriques ou méta-analyses, les recherches s’inscrivant en psychologie, les recherches s’inscrivant en sociologie. Cette catégorisation, inspirée des travaux de Borah (2011), associe les recherches se basant sur les travaux de Kahneman et Tversky (1979, 1984) à la grande famille psychologique. Ces dernières tentent souvent d’identifier « how news framing influences information processing and the subsequent decision-making processes » (Borah, 2011, p. 248). Toujours selon Borah (2011), les recherches plutôt sociologiques suivent les enseignements de Goffman (1974) et proposent que « frames help people organize what they see in everyday life » (Borah, 2011, p. 248). Ainsi, les recherches proposant la description d’une réalité, l’analyse culturelle ou historique, ou encore celle des effets sur les mouvements sociaux ont été catégorisées ici. Notre dernière catégorie inclut les articles proposant une méta-analyse ou une réflexion théorique sur le cadrage ou sur les cadres.

Notre texte présentera donc une définition plus complète du cadrage pour ensuite détailler les particularités des deux grandes traditions de recherche sur cette thématique.

Définition générale du cadrage

Cette incursion dans le domaine des recherches sur le cadrage s’amorce par les définitions les plus larges, celles qui permettent de brosser un portrait, parfois un peu sommaire, de ce concept. Dans un premier temps, Chong et Druckman (2007) offrent une synthèse intéressante des diverses définitions. Ils avancent que « the major premise of framing theory is that an issue can be viewed from a variety of perspectives and be construed as having implications for multiple values or considerations » (p.104). Avec cet énoncé, Chong et Druckman vont au cœur de bien des définitions de ce concept : un événement, un enjeu, une personne, etc., peuvent être vus et compris de plusieurs manières. Ainsi les médias, en rapportant ces éléments dans l’actualité, choisiraient souvent un angle de traitement précis, orientant les perceptions des citoyens. Le cadrage sera donc perçu comme le processus expliquant ces orientations ou encore comme expliquant le processus de construction du sens qui s’opère à la fois dans les médias et dans « la tête » du récepteur lors de son interprétation.

Par ailleurs, et pour jeter les bases de notre réflexion sur la question du cadrage, lors de notre recension, nous nous sommes aperçus qu’une définition revenait dans plusieurs ouvrages sur le cadrage (34 fois sur 88, donc dans 38,6 % des textes recensés). Cette définition est celle d’Entman, qui propose :

To frame is to select some aspects of a perceived reality and make them more salient in a communicating text, in such a way as to promote a particular problem definition, causal interpretation, moral evaluation, and/or treatment recommendation for the item described. (Entman, 1993, p. 52)

Ainsi, par la mise en relief de certains éléments clés, comme des mots, des expressions, des images, etc., les médias de masse participeraient à la construction de sens entourant ces éléments qu’ils rapportent lors de la médiatisation de notre quotidien. Cette définition est souvent utilisée dans les recherches descriptives, qui utilisent les techniques de l’analyse de contenu. L’objectif des chercheurs sera alors d’identifier les cadres construisant les cadrages (ici utilisé comme synonyme de significations).

Sur ce point, il faut aussi comprendre que le terme cadrage est mobilisé de plusieurs façons dans les recherches : un concept (par exemple Basen, 2009), un processus médiatique (entre autres, Entman, 1993), un processus mental (notamment, Cappella et Jamieson, 1997), un paradigme en soi (essentiellement, D’Angelo, 2002 et 2012). C’est d’ailleurs cette manière de mobiliser le cadrage qui déterminera dans quelles approches théoriques se situent les auteurs que nous avons recensés. Néanmoins, il nous faut préciser que la ligne séparant les deux visions n’est parfois pas aussi claire que le laisse supposer notre recension. Plusieurs recherches en communication peuvent appartenir aux deux approches à la fois, puisqu’elles s’intéressent à comment les médias construisent et présentent les enjeux, ainsi qu’aux effets sur l’opinion publique ou sur la perception des citoyens. Il devient alors nécessaire pour le jeune chercheur en communication de savoir quel est réellement son objectif de recherche et de choisir des auteurs lui permettant de répondre à ses questions sans crainte des faux-pas épistémologiques.

L’approche sociologique du cadrage

L’une des premières disciplines à s’être intéressée au phénomène du cadrage est la sociologie. Pour plusieurs auteurs (notamment Borah, 2011; Vliegenhart et van Zoonen, 2011; Scheufele et Tewksbury, 2007), le père des travaux sociologiques du cadrage est Goffman. En s’inspirant des travaux d’autres auteurs (notamment Bateson, 1955, dans Goffman, 1986, p. 7), Goffman avance dans son essai intitulé Frame Analysis: An Essay on the Organization of Experience, publié pour la première fois en 1974, que les cadrages sont des schémas d’interprétation (schemata of interpretation) utilisés pour donner un sens aux divers événements survenant dans l’environnement immédiat des récepteurs. Pour cet auteur, le sens est construit par les interactions entre les individus qui arrivent au début de ce processus avec un schéma primaire (primary framework) qui pourra être modifié par divers degrés d’interaction (soit directe ou médiatisée). Par contre, pour cet auteur, les cadres n’ont du sens qu’à travers les interactions au sein de la société, d’où l’apport sociologique. L’approche sociologique du cadrage englobe donc les chercheurs tentant d’identifier, à travers les médias de masse, les visions du monde dominantes et la perception des individus à l’égard de divers éléments sociologiques (luttes sociétales, influences politiques, culture, liens sociaux, etc.); (pour en résumé voir Tableau 1).

 Table 1

Poursuivant dans cette voie, plusieurs auteurs (Gamson et Modigliani, 1989; Norris, 1995; Benford et Snow, 2000; Gitlin, 2003, etc.) ont donc étudié les cadrages en considérant ces luttes qui ont cours dans nos sociétés et le sens que l’individu tente d’en faire émerger. Vliegenhart et van Zoonen (2011) précisent encore cette vision du cadrage en ajoutant : « Such a sociological perspective posits that the knowledge, attitudes and behaviours of individual producers are the product of professional and organizational processes in the newsroom, rather than traits or decision of autonomous individuals » (2011, p. 111). Cette notion de négociation collective est au cœur des recherches sociologiques du cadrage et replace ce processus de construction de la nouvelle comme étant le résultat de structures ou de systèmes dépassant l’individu. En ce sens, pour ces auteurs, le cadrage serait une construction résultant d’une bataille pour la définition du sens. Ce sens commun serait diffusé par les médias, mais aussi discuté entre les divers acteurs de la société civile, notamment dans l’espace public. Ces différentes étapes sont parties prenantes du processus du cadrage présent dans la médiatisation de la société.

Par ailleurs, précisons d’emblée que ces études, souvent inscrites dans des postulats plus critiques, visent notamment à dénoncer la domination d’une idéologie. Les études des mouvements sociaux se sont donc intéressées au cadrage pour comprendre les identités médiatiques construites lors de la progression d’une cause ou des revendications d’un groupe dans l’espace public. En ce sens, Benford et Snow (2000) parlent d’une lutte menant à la construction du sens dont le résultat sera la production et la diffusion d’une idée dominante et de ses significations. Cette lutte est également reprise dans les travaux de Gitlin (2003)1 qui soutient que les journalistes, construisant la nouvelle cadrée, seraient sujets à divers rapports de force (notamment institutionnelle et culturelle) dans la définition du sens, mais surtout de l’image. Le cadrage serait donc le résultat de ce rapport de force, vu comme une transcription des idéologies dominantes de l’organisation où le journaliste travaille.

Cette idée de lutte permet de mettre en lumière les pressions de plusieurs groupes d’acteurs, dont l’État et les groupes associés à un mouvement social (tel que les organismes, les groupes de pression, etc.), pressions qui peuvent aussi orienter les textes médiatiques. Cette définition, particulièrement présente dans les théories des mouvements sociaux, permet néanmoins de reconnaître que le processus de cadrage fait l’objet de forces extérieures à l’appareil médiatique, notamment car elle replace le cadrage dans le système politique et la culture de la société qui le porte (voir particulièrement : Reese, 2003; Entman, 1993; Solomon, 1992; Klandermans et Goslinga, 1996). Ainsi, les recherches s’intéressant à la sphère publique, et aux groupes sociaux qui la composent, peuvent aussi mobiliser une définition du cadrage reposant sur l’idée de lutte pour la définition du sens à donner à un événement. Par exemple, dans leur recherche sur la couverture médiatique du féminisme, Lind et Salo (2002) se sont intéressés à la manière dont la presse présente le mouvement. Le cadrage sera alors la définition priorisée dans les narrations médiatiques. De plus, plusieurs recherches, comme celle de Reese (2003), visent à dénoncer les rapports inégaux dans la construction du sens en ajoutant la notion de pouvoir en action (exercise in power). Il ajoute : « The power to frame depends on access to resources, a store of knowledge, and strategic alliances » (Reese, 2003, p.20). Cette définition du cadrage vise à dénoncer le cadre dominant produit par un acteur ayant plus de ressources. Le gouvernement en place est d’ailleurs souvent identifié comme l’un des acteurs ayant la mainmise sur les significations qui seront diffusées à heure de grande écoute (voir entre autres : Entman, 1993, 1997, 2004; Solomon, 1992).

Les limites des approches sociologiques

Quoique la vision sociologique du cadrage, notamment celle des études sur les mouvements sociaux, soit reprise par de nombreux auteurs, elle comporte plusieurs limites. En effet, bien qu’elle possède l’avantage d’ancrer la construction des cadrages dans les dynamiques sociétales des divers acteurs de l’espace public, elle ne permet pas de comprendre le processus de traitement de l’information qui survient chez le spectateur. En ce sens, ces recherches dénonceront l’absence de plusieurs cadrages divergents dans l’espace public, le manque de ressources des organisations parallèles limitant la force de leur influence, mais elles ne considèreront pas que l’individu est capable de réfléchir et de rejeter les cadres proposés. Plus encore, comme la majorité de ces recherches utilisent une méthode d’analyse de contenu ou d’analyse de discours (Entman, 1993 et 2004; Gitlin, 2003; Gamson et Modigliani, 1989), la présentation souvent descriptive de ces analyses ne permet pas de savoir comment ces cadrages sont devenus si présents dans le paysage médiatique. Voilà un pan de la recherche que les jeunes pourraient explorer à l’aide d’autres techniques de collecte de données, comme les entrevues, les sondages, et cetera.

L’approche psychologique du cadrage

La seconde grande approche du cadrage trouve sa source dans la psychologie. Tout comme les théories sur les facteurs pouvant influencer le vote, cette approche est notamment détaillée par plusieurs recherches s’inscrivant dans les sciences cognitives. Scheufele et Tewksbury (2007) résument l’approche psychologique en expliquant que les scientifiques tentent de comprendre « how different presentations of essentially identical decision-making scenarios influence people’s choices and their evaluation of the various options presented to them » (p. 11). Ces études mettent donc l’accent sur le rôle du cadrage médiatique dans le processus de prise de décision du point de vue de l’individu. Une des études qui a fait école dans ce pan de la recherche est celle de Kahneman et Tversky (1984) portant sur l’évaluation du risque dans la prise de décision. Ces auteurs ont tenté de comprendre comment le cadrage des conséquences en fonction de gain ou de perte a influencé la perception des sujets de l’étude. Ils ont donc mis en lumière que, cadrées de cette façon, les conséquences avaient un impact sur la prise de décision. Ils ont terminé en affirmant : « The prevalence of framing effects and violations of invariance further complicates the relation between decision values and experience values. The framing of outcomes often induces decision values that have no counterpart in actual experience » (Kahneman et Tversky 1984, p. 349). Leur recherche montre ainsi une influence du cadrage sur la prise de décision, de même que sur le schéma interprétatif mental des individus. Ce constat a donc ouvert la voie à une série de recherches s’intéressant aux effets des cadrages médiatiques sur les changements de croyance, d’attitude et de comportement (entre autres : Iyengar, 1991; Nelson et coll. 1997; Cappella et Jamieson, 1997; Price, Tewksbury et Powers, 1997); (pour un résumé voir Tableau 2).

 Table 2

Dans cette lignée, plusieurs chercheurs issus des sciences cognitives ont aussi tenté de définir le cadrage. Leur définition du processus du cadrage sera liée à la compréhension et à l’interprétation des nouvelles. Par exemple, Price, Tewksbury et Powers (1997) définissent le cadrage comme suit : « By activating some ideas, feelings, and values rather than others, then, the news can encourage particular trains of thought about political phenomena and lead audience members to arrive at more or less predictable conclusions » (p. 483). Le cadrage, en orientant le message, en cherchant à susciter une émotion et en mobilisant certaines valeurs (au détriment d’autres), influence les chaînes de pensée (trains of thought) des spectateurs. Sur ce point, les recherches s’ancrant dans l’approche psychologique du cadrage s’intéresseront souvent aux effets cognitifs de celui-ci. Par exemple, Valkenburg et coll. (1999) ont mis en lumière l’importance des cadres dans l’activation du rappel, processus cognitif important dans l’attribution de sens. Ils précisent aussi que le rappel des informations emmagasinées dans la mémoire ne se fera pas de manière aussi directe lorsqu’il y aura la présence d’un cadre axé sur l’aspect humain d’une nouvelle (human interest). Ils expliquent ceci en précisant que les cadres sur l’aspect humain susciteraient davantage d’émotions, ce qui mènerait à un traitement des informations différent de celui qui est présenté par le cadrage. Cela expliquerait pourquoi, selon nous, plusieurs théories de cette approche parlent aussi d’heuristique ou de persuasion (Nelson et coll., 1997).

Les limites des approches psychologiques

Bien que ces théories du cadrage nous semblent très pertinentes, nous pensons qu’elles ont des limites. D’abord, plusieurs recherches dans ce champ ont tendance à mettre l’accent sur les effets à court terme pour illustrer le processus activé par le cadrage (Price et coll., 1997; Rhee, 1997; Kahneman et Tversky, 1984). Évidemment, les recherches à long terme sont souvent très coûteuses financièrement, mais ce pan reste encore à explorer, notamment pour comprendre le rôle du cadrage dans les changements des attitudes et des comportements de longue durée. Par ailleurs, plusieurs de ces recherches utilisent l’approche méthodologique expérimentale pour mesurer le processus mental des individus. Bien que cette approche soit intéressante et riche en information, la nature artificielle de l’expérimentation, soit par la construction de groupes ou d’un cadre médiatique factice, rend parfois les conclusions des auteurs difficiles à transposer dans de vraies situations.

Distinguer les cadres et le cadrage : une nécessité méthodologique

Avant de passer à la conclusion, le jeune chercheur en communication aura peut-être quelques difficultés à faire la distinction entre les concepts de cadrage (framing) et de cadre (frame), qui sont parfois utilisés comme synonymes. La différence la plus commune dans les recherches sur le cadrage est de poser ce dernier comme un processus qui se rapporte aux étapes de construction et d’interprétation des textes, alors que les cadres sont vus comme des éléments du contenu des textes médiatiques2 (mots, expressions, tons, images, titres, etc.) qui orientent le sens produit par la nouvelle médiatique (Vliegenhart et van Zoonen, 2011; Matthes, 2012; de Vresse, 2005; Gamson et Modigliani, 1989; Tankard, 2001). Ainsi, pour Vliegenhart et van Zoonen (2011), les cadres seront identifiables par des analyses de contenu des médias, alors que le cadrage relèvera d’analyses plus complexes (comme l’analyse de discours, l’ethnographie, etc.) liées à la recherche de sens, à la production des textes médiatiques ou à l’orientation (ou réorientation) des attitudes en regard de l’enjeu cadré (donc à l’impact des cadres sur le sens).

Conclusion

En guise de conclusion, il nous semble important de préciser que le but de cette recension n’est pas de prendre position, mais bien de dresser un portrait des différents courants motivant la recherche sur le cadrage en communication. Loin de rechercher une définition uniforme de ce processus polysémique, nous nous inscrivons plutôt dans la lignée des auteurs, comme Valkenburg, Semetko et de Vreese (1999), qui proposent que la force des recherches sur le cadrage est justement ce côté multidisciplinaire. En fait, les études sur cadrages sont aussi nombreuses que les objets de recherches présents dans la médiatisation de notre quotidien. Tous les auteurs proposent des façons différentes de repérer les cadrages dans les médias et de comprendre leur rôle ou leur interprétation. Il en revient alors au chercheur de choisir la définition du concept qui sied le mieux à son orientation épistémologique, à son objet de recherche et aux questionnements auxquels il tente de répondre. L’importance sera alors de respecter une forme de cohérence entre ces choix et de savoir bien les justifier. Nous espérons que cette recension pourra servir d’outil à celles et ceux qui choisissent de se lancer dans l’étude des cadres et des cadrages.

Notes

  1. Le livre que nous citons est la réédition bonifiée par l’auteur du classique The Whole World Is Watching publié à l’origine en 1980.
  2. Par texte médiatique, nous entendons tous les textes journalistiques (donc nouvelles, reportages, chroniques, etc.), tant écrites que télévisuelles, comprenant le texte en soi, de même que le son et l’image pouvant accompagner le récit de l’actualité.

Références

Benford, Robert D., & Snow, David A. (2000). Framing processes and social movements: An overview and assessment. Annual Review of Sociology, 26, 611–639.

Borah, Porismita. (2011). Conceptual issues in framing theory: A systematic examination of a decade’s literature. Journal of Communication, 61, 246–263.

Cappella, Joseph N., & Jamieson, Kathleen H. (1997). Spiral of cynicism; the press and the public good. New York : Oxford University Press.

Chong, Dennis, & N. Druckman, James N. (2007). Framing theory. Annual Review of Political Science, 10, 103-126.

D’Angelo, Paul. (2002). News framing as a multiparadigmatic research program: A response to Entman. Journal of Communication, 52(4), 870–888.

D’Angelo, Paul. (2012). Studying framing in political communication with an integrative approach. American Behavioral Scientist, 56(3), 353–364.

de Vresse, Claes H. (2005). News framing : Theory and typology. Information Design Journal + Document Design, 13(1), 51–62.

de Vresse, Claes H. & Lecheler, Sophie. (2012). News framing research: An overview and new developments. Dans Semetko, Hollie A., & Margaret Scammell (dirs.), The SAGE Handbook of Political Communication (pp. 292–306). Thousand Oaks : SAGE Publications Inc.

Entman, Robert M. (1993). Framing: Toward clarification of a fractured paradigm. Journal of Communication, 43(4), 51–58.

Entman, Robert M. (1997). Manufacturing discord: Media in the affirmative action debate. Press Politics, 2, 32-51.

Entman, Robert M. (2004). Projections of power. Framing news, public opinion, and US foreign policy. Chicago : The University of Chicago Press.

Gamson, William A., & Andre Modigliani. (1989). Media discourse and public opinion on nuclear power: A constructionist approach. The American Journal of Sociology, 95(1), 1–37.

Gitlin, Todd. (2003). The whole world is watching: Mass media in the making and unmaking of the New Left. Los Angeles : California University Press.

Goffman, Erving. (1986). Frame analysis: An essay on the organization of experience. Boston : Northeastern University Press.

Iyengar, Shanto. (1991). Is anyone responsible? How television frames political issues. Chicago: University of Chicago Press.

Kahneman, Daniel, & Amos Tversky. (1984). Choices, values, and frames. American Psychologist, 39(4), 341–350.

Klandermans, Bert, & Goslinga, Sjoerd. (1996). Media discourse, movement publicity, and the generation of collective action frames: Theoretical and empirical exercises in meaning construction. Dans McAdam, Doug, John D. McCarthy, John D., & Zald, Mayer N. (dirs.). Comparative perspectives on social movements: Political opportunities, mobilizing structures, and cultural framings. London: Cambridge University Press.

Lind, Rebecca Ann, & Salo, Coleen. (2002). The framing of feminists and feminism in news and public affairs programs in US electronic media. Journal of Communication, 52(1), 211–228.

Matthes, Jörg. (2012). Framing politics: An integrative approach. American Behavioral Scientist, 56(3), 247–259.

Nelson, Thomas E., Oxley, Zoe M., & Clawson, Rosalee A. (1997). Toward a psychology of framing effects. Political Behavior, 19(3), 221–246.

Norris, Pippa. (1995). The restless searchlight: Network news framing of the post-Cold War world. Political Communication, 12(4), 357–370.

Price, Vincent, Tewksbury, David & Power, Elizabeth. (1997). Switching trains of thought: The impact of news frames on readers’ cognitive responses. Communication Research, 24(5), 481–506.

Reese, Stephen D. (2003). Prologue—Framing public life: A bridging model for media research. Dans Reese, Stephen D., Gandy, Oscar H., & Grant, August E. (dirs.), Framing public life: Perspectives on media and our understanding of the social world (pp. 7–31). New Jersey: Lawrence Erlbaum Associates.

Rhee, June Wong (1997). Strategy and issue frames in election campaign coverage: A social cognitive account of framing effects. Journal of Communication, 47(3), 26–48.

Scheufele, Dietram A., & Tewksbury, David. (2007). Framing, agenda setting, and priming: The evolution of three media effects models. Journal of Communication, 57(1), 9–20.

Solomon, William S. (1992). News frames and media package: Covering El Salvador. Critical Studies in Mass Communication, 9, 56–74.

Valkenburg, Patti M., Semetko, Holly A., & de Vresse, Cleas H. (1999). The effects of news frames on readers’ thoughts and recall. Communication Research, 26(5), 550–569.

Vliegenthart, Rens, & van Zoonen, Liesbet. (2011). Power to the frame: Bringing sociology back to frame analysis. European Journal of Communication, 26(2), 101–115. 




License URL: http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/2.5/ca/
  •  Announcements
    Atom logo
    RSS2 logo
    RSS1 logo
  •  Current Issue
    Atom logo
    RSS2 logo
    RSS1 logo
  •  Thesis Abstracts
    Atom logo
    RSS2 logo
    RSS1 logo

We wish to acknowledge the financial support of the Social Sciences and Humanities Research Council for their financial support through theAid to Scholarly Journals Program.

SSHRC LOGO