Canadian Journal of Communication Vol 37 (2012) 459-486
©2012 Canadian Journal of Communication Corporation


La Dame de fer, la Bonne Mère et les autres : une analyse du cadrage de la couverture médiatique de certaines politiciennes québécoises et canadiennes

Catherine Lemarier-Saulnier

Université Laval

Mireille Lalancette

Université du Québec à Trois-Rivières

Catherine Lemarier-Saulnier est doctorante en communication publique à l’Université Laval, Pavillon Louis-Jacques-Casault, 1055, avenue du Séminaire, Québec (QC),  G1V 0A6, courriel : catherine.lemarier-saulnier.1@ulaval.ca . Mireille Lalancette est professeure agrégée au département de lettres et de communication de l’Université du Québec à Trois-Rivières, 3351, boul. des Forges, C.P. 500, Trois-Rivières (QC), G9A 5H7, courriel : mireille.lalancette@uqtr.ca .


ABSTRACT This article discusses the articulations between gender, politics, and media. With the increasing importance taken by the personalization and personalities of political actors in the political process, this research aims to offer a better understanding of the ways in which female politicians are depicted by and in the media. By looking closely at discourses about some of these women politicians, we intend to better understand the gender norms and expectations that they deal with while doing their job as parliamentarians. Our focus on the representations produced through media discourse on Quebec and Canadian politicians is informed by leadership theories and concepts of representation and framing gender. The qualitative discourse analysis of over 300 articles about 11 women politicians in Quebec newspapers has highlighted six portraits: Women Above All, as well as Iron Ladies, Good Mothers, Women Fighters, Stars, and Exceptional Pioneers. These results are critically discussed in relation to other research about gender, media, and politics. 

KEYWORDS  Political actor; Gender framing; Discourse analysis

RÉSUMÉ  Cet article vise à mettre de l’avant l’articulation entre genre, politique et médias. Alors que la politique est de plus en plus personnalisée et que la personnalité joue un grand rôle, cette recherche vise à mieux comprendre comment les femmes politiques sont représentées dans et par les médias. Pour ce faire, nous avons choisi de nous intéresser à certaines politiciennes actrices œuvrant dans le milieu politique, car nous croyons que les normes imposées par le genre construisant les attentes liées aux parlementaires pourraient s’articuler différemment pour elles. Le nombre restreint de femmes en politique vient accentuer cette différence. Pour étudier les discours médiatiques sur les politiciennes québécoises et canadiennes, nous mobilisons les concepts de cadrage du genre et de représentation et certaines théories du leadership. Par le biais d’une analyse de discours qualitative de plus de 300 articles tirés de la presse écrite québécoise à propos de 11 politiciennes du Québec et du Canada, nous avons mis en lumière six grands portraits : Femmes avant tout, puis Dames de fer, Bonnes Mères, Battantes, Stars et Pionnières Exceptionnelles. Un regard critique est offert sur ces portraits en lien avec les écrits sur le genre, la politique et les médias.

MOTS CLÉS  Acteur politique; Cadrage du genre; Analyse de discours


Introduction

Pauline Marois ne bouge pas. Contre vents et marées, contre démissionnaires et conspirateurs, contre accusateurs et blagueurs, Pauline Marois est toujours là. En mai dernier, on était certain qu’elle ne passerait pas l’été. L’été est passé, Pauline est restée. L’automne dernier, on était certain qu’elle ne passerait pas les Fêtes. Les Fêtes sont passées, Pauline est restée. On devrait lui ériger une statue pour autant d’opiniâtreté. Mais peut-être en est-elle déjà une? Pauline Marois est la dame de béton. … Cette attitude de femme qui est capable d’en prendre est en train de créer un lien entre la chef du PQ et le vrai monde. On peut enfin s’identifier à elle. Elle a de la misère comme nous. Elle mange son pain noir, comme nous. Pauline Marois n’est plus une bourgeoise de la politique, c’est une lutteuse dans la boue. Il est mieux d’être fait fort, celui qui va la sortir de l’arène de bouette. Pauline est bien ancrée. (Stéphane Laporte, « La dame de béton », La Presse, 23 janvier 2012, publication en ligne).

Au printemps 2011, Pauline Marois, chef du Parti québécois, était la proie de nombreuses critiques qui remettaient en question son leadership. La démission fracassante de plusieurs députés vedettes (notamment, Pierre Curzi, Louise Beaudoin et Lisette Lapointe), en lien notamment avec le dossier de l’amphithéâtre de Québec, ajoutait à ce qui pourrait être considéré comme un tsunami médiatique (Giasson, Brin, et Sauvageau, 2010). Dans les médias, il n’était question que du leadership de Pauline et de sa possible démission : « Partira-t-elle ou ne partira-t-elle pas? » se demandaient de nombreux commentateurs politiques. « Pauline ne passe pas », disaient les autres. Ainsi, cette histoire a fait couler beaucoup d’encre au Québec et a attiré notre attention de chercheures s’intéressant aux cadrages des femmes politiques dans les médias. En effet, est-ce qu’il en aurait été ainsi s’il avait été question d’un chef masculin? Est-ce que la façon de traiter Pauline Marois est représentative de la couverture médiatique des femmes politiques en général?

La politique et ses représentations. Les politiciennes et leurs représentations. Ces deux associations constituent donc le point de départ de cette recherche, laquelle se veut un questionnement sur la façon dont les médias présentent celles qui œuvrent dans ce milieu. Alors que des chercheures se sont déjà penchées sur la place, le rôle et les raisons qui poussent les femmes à faire de la politique (Jenson, 2008, ainsi que Tremblay, 2000 et 2008), cet article, dans la lignée des travaux de chercheures féministes (Page, 2003; Ross, 1995; Trimble, 2005; van Acker, 2003 et van Zoonen, 1998, 2005 et 2006, pour ne nommer que celles-là), porte sur les façons dont les femmes sont présentées dans les discours médiatiques. Nous y présentons les résultats de notre analyse de discours à propos de onze politiciennes. Ces analyses nous ont permis de faire émerger six portraits clés liés au travail de ces politiciennes. Ces portraits seront présentés plus loin. Auparavant, il sera question de notre problématique, de nos assises théoriques ainsi que du corpus et de la méthodologie privilégiée dans cette étude.

Contexte : Personnalisation et évaluation des performances

D’après les chercheurs en communication politique, le milieu étatique est aujourd’hui médiatisé de façon personnalisée et spectacularisée (Abélès, 2007; Street, 2004; van Zoonen, 2005). Ces phénomènes prennent de l’ampleur depuis la fin des années 1960 et culminent avec l’arrivée de l’infotainment dans les années 1990 (Neveu, 2003) et de l’information en continu. Nous considérons qu’ils informent les pratiques politiques actuelles. Notre regard se porte plus spécifiquement vers la personnalisation et comment ce phénomène influence la production des représentations de la politique et de ses acteurs.

En quoi consiste la personnalisation? Elle est définie, entre autres par Gingras (2009), comme l’accent particulier mis sur les personnes lors de la couverture médiatique, et ce, même lors des activités politiques menées par les politiciens. Il y a personnalisation lorsque les problèmes ou les projets politiques sont décrits comme s’ils étaient le fruit ou le produit d’un individu isolé ou encore en s’attardant davantage au candidat lui-même. Ainsi, le concept de personnalisation permet de discuter de la place prépondérante prise par les personnes, en l’occurrence politiques2, lors du traitement de la nouvelle journalistique, c’est-à-dire dans les textes journalistiques consacrés à la vie politique et à l’actualité. Précisons que, selon notre perspective, la personnalisation n’est pas uniquement médiatique, mais est également une pratique politique. Nous pourrions même l’envisager comme une co-construction politico-médiatique. En effet, les acteurs politiques et médiatiques participent tous deux à la politique personnalisée et spectacularisée. Comment? Les premiers laissent les seconds entrer dans leur intimité et dévoilent des éléments de leur vie privée (loisirs, demeure, par exemple). Enfin, les acteurs médiatiques y participent en offrant un cadrage centré sur la personne, ou ce que Frau-Meigs (2001) nomme le character, ce dernier permettant, d’après elle, d’opérer une condensation de la complexité des explications politiques. En mettant l’accent sur la « personne-personnage », les explications deviennent plus concrètes. Pour celle-ci ainsi que pour plusieurs autres auteurs (Corner et Pels 2003, Marshall 1997, van Zoonen 2006, entre autres), la politique emprunte alors aux codes de la culture populaire et fait naître la celebrity politics. Pour Lumby (1999) ainsi que Langer (2010), celebrity politics et personnalisation amènent une politisation de la vie privée. Comment cela viendra-t-il informer les pratiques politiques? Quelles seront les possibles répercussions sur les femmes politiques? Il y a lieu de se poser ces questions alors que l’on sait que la vie privée des femmes politiques n’est pas une ressource politique, mais plutôt un « possible site of trouble », tel que l’illustre dans ses travaux van Zoonen (1998, 2006). Cette chercheure estime d’ailleurs qu’il importe d’étudier davantage les processus de personnalisation. Il s’agissait également là de l’un de nos objectifs et de l’une des contributions de cet article.

Ainsi, pour appréhender la personnalisation, nous avons pris en considération deux éléments clés, soit : les qualités et les scènes de performances dont il était question lors de la médiatisation de la politique. À ce propos, Corner (2000), Corner et Pels (2003), et Street (2004) affirment que les acteurs politiques, qu’ils soient masculins ou féminins, doivent plus que jamais être en mesure de faire croire à leur persona (terme latin pour désigner la face publique des acteurs) et, explique van Zoonen (2005), à démontrer qu’il est le résultat de la somme de leurs qualités politiques et personnelles. Cette chercheure, suivant Corner (2003), estime que les politiciens doivent performer sur trois grandes scènes : la scène des institutions politiques et de ses procédures, celle du public et du populaire (liée aux médias et à l’information spectacle) et, finalement, celle de la vie privée. Elle avance que l’évaluation de la performance des politiciens sera basée sur la cohérence de leur persona dans et à travers ces trois scènes (van Zoonen, 2005). Un politicien, ministre de l’Environnement ou bien chef du Parti vert, devra respecter les principes écologiques dans sa vie privée, par exemple, en roulant dans un véhicule hybride. S’il ne le fait pas, le public pourrait remettre en question sa sincérité et sa crédibilité. En ce sens, nous affirmons, dans la lignée des travaux de Corner (2000), que l’évaluation de la performance est principalement basée sur ces trois scènes et sur la cohérence du persona de l’acteur politique (van Zoonen, 2005). Mais comment s’articule cette cohérence lorsqu’on est une femme politique?

Ici, nous croyons, tout comme van Zoonen (2006), que la cohérence entre les scènes politique et privée pourrait être un défi supplémentaire pour les femmes. En ce sens, et comme le soutient cette auteure, nous affirmons qu’une attention médiatique trop soutenue au sujet du persona privé et la vie de famille des femmes politiques risque d’attirer l’attention sur leur choix de carrière non standard pour le genre féminin (van Zoonen, 2006), cela, selon nous, par la mise de l’avant de l’absence de ces femmes du foyer familial. Également, nous croyons que, pour les politiciennes, certaines représentations liées à la féminité sont encore présentes, et pourraient transparaître dans leur médiatisation (Trimble, 2005). À ce sujet, nous nous sommes demandé ce que disent les chercheures qui s’intéressent aux femmes politiques et aux médias. Nous présenterons certains travaux dans la prochaine partie de cet article. Cela nous amènera par la suite à exposer notre cadre théorique.

Genre et politique : Aperçu de la littérature

D’entrée de jeu, précisons que la perspective du genre plaide pour « une redéfinition des approches et des concepts traditionnels qui tienne compte de l’importance capitale du genre comme facteur de définition et de structuration du champ politique » (Mottier, Sgier, Ballmer-Cao, 2000, p. 8). Il n’existe cependant pas de consensus théorique lorsqu’il est question du genre. Nous retiendrons donc de la littérature que le genre est un rapport de force dichotomisant qui vise à établir les normes de la masculinité et de la féminité dans nos sociétés. Il ne devrait donc pas être considéré comme une simple opposition entre les sexes biologiques, donc entre hommes et femmes. Pour notre part, suivant Jensen et Lépinard (2009), nous avançons que le concept de genre « implique des analyses constructivistes des relations sociales, des processus et des mécanismes sociaux plutôt qu’une catégorie ou une variable stable » (p. 194). Nous soutenons donc que le genre, comme processus structurant impliqué dans la création des normes sociales, vient expliquer pourquoi le milieu politique que nous étudions est considéré comme un bastion masculin. Sur ce point, Bereni et coll. (2008) précisent que : « [d]ans les pays occidentaux, les partis politiques ont émergé et se sont structurés à une période où les femmes étaient le plus souvent formellement exclues de l’espace politique. L’engagement des femmes dans les partis était alors considéré comme une transgression de leur rôle de sexe » (p. 159). Ceci explique, selon nous, pourquoi, tel que le mentionnent Mottier, Sgier et Ballmer-Cao (2000), les acteurs politiques sont dépeints, implicitement, comme des hommes ou encore comme suivant les normes masculines imposées par le genre. Le genre possède ainsi un caractère fondamentalement social et normatif. Il devient « un moyen de décoder le sens et de comprendre les rapports complexes entre diverses formes d’interactions humaines » (Scott et Varikas, 1988, p. 144). Dans le milieu politique, les interactions et les rapports de force menant éventuellement à l’élection d’un candidat ou d’un gouvernement seraient donc notamment construits par le genre. Nous croyons d’ailleurs, tout comme Scott et Varikas (1988), que ce dernier comprend : « des symboles culturellement disponibles qui évoquent des représentations symboliques (et souvent contradictoires). Et deuxièmement, des concepts normatifs qui mettent en avant des interprétations des sens des symboles, qui s’efforcent de limiter et contenir leurs possibilités métaphoriques » (p. 145). Les représentations symboliques et métaphoriques pourraient donc, dans le monde politique, suivre les stéréotypes masculins, par l’utilisation de métaphores sportives ou guerrières, et de celles liées plus généralement au leadership.

Par exemple, plusieurs chercheurs avancent que l’évaluation du politicien se fait à partir du leadership et de ses représentations. Or, ces représentations sont construites notamment en fonction des normes liées au genre. D’abord, les travaux de Miller et coll. (1986) sur les acteurs politiques postulent que la population partagerait des croyances communes traversant les époques, auxquelles les candidats ou les présidents doivent se conformer [traduction libre] (p. 528). Ces croyances communes pourraient, selon nous, être associées aux représentations des leaders (Bass, 1990). D’après les travaux de Carroll et Fox (2006), les représentations du leadership sont, la plupart du temps, associées au genre masculin. D’après ces chercheures, les leaders doivent être « forts, dominants et sûrs d’eux-mêmes» (Carroll et Fox, 2006, p. 3). Ces qualités sont plus facilement associées aux hommes qu’aux femmes dans la culture nord-américaine (Carroll et Fox, 2006). Lorsqu’il est question des femmes en politique, on croit que ces dernières introduiront des pratiques politiques plus «douces », « gentilles », un travail plus coopératif que conflictuel, des rapports axés sur la collaboration plutôt que la hiérarchie et, enfin, l’honnêteté plutôt que la tromperie (Norris, 1996).

Dans un ordre d’idées apparentées, Blanc et Cuerrier (2007), qui ont étudié principalement les raisons et les obstacles qui poussent les femmes à entrer ou non en politique, avancent que la féminité serait liée à une conception du leadership axée sur l’aspect humain et relationnel. Cette conception serait opposée au style axé sur la réalisation d’une tâche et l’atteinte d’objectifs à tout prix, approche qui serait, dans notre culture, socialement construite dans le prolongement du genre masculin. Cette conception du leadership est importante dans la mesure où, dans le cadre de notre recherche, elle pourrait expliquer les attentes et l’évaluation des politiciennes.

Plus encore, d’après les travaux d’Eagly (en particulier ceux de 1990 et de 2007), la construction du leadership se fait à partir de certaines caractéristiques, telles que la recherche d’action, la confiance, l’agressivité et l’autorité. De plus, toujours selon Eagly (2007), ces traits perpétuent l’impression que les leaders doivent être plus cartésiens, qualité socialement attribuée aux hommes dans notre société. Comme le note Trimble (2005), à la suite de ses analyses de la couverture médiatique de la course à la chefferie du parti conservateur canadien de 2004, opposant notamment Stephen Harper et Belinda Stronach3, le leadership masculin est normalisé et n’est pas remis en question. Cela fait en sorte que les femmes qui aspirent à un leadership politique doivent s’inscrire dans ce type de leadership (Trimble, 2005, p.19). Ainsi, comme l’avance cette auteure, certaines attentes socialement partagées seraient plus répandues et ouvriraient la porte à des représentations figées pouvant être envisagées comme des stéréotypes.

À ce propos, Kahn (1996) illustre que plusieurs stéréotypes liés au genre sont utilisés pour évaluer le travail des politicien(ne)s. Alors qu’Heldman et coll. (2005) avancent que même si les stéréotypes liés au genre, et à ces rôles associés, ont diminué au cours des dernières décennies, les femmes politiques sont encore vues différemment de leurs collègues masculins [traduction libre] (p.316). À l’instar de ces chercheures, nous croyons que ces stéréotypes construisent les représentations et transparaissent dans les discours médiatiques.

Plusieurs recherches ont d’ailleurs porté sur la couverture médiatique des candidats politiques. À titre d’exemple, Kahn (1996) s’est penchée sur la couverture médiatique en fonction du genre du candidat et du poste brigué lors des campagnes électorales étatsuniennes, principalement celles menant aux postes de sénateur et gouverneur. Dans son étude, elle illustre que même si les femmes préfèrent discuter de traits « masculins » dans leurs communications politiques, les journalistes sont plus portés à utiliser des traits « féminins », comme la compassion et l’honnêteté, quand ils décrivent les candidates [traduction libre] (Kahn, 1996, p.53). Ainsi, même si les politiciennes mettent de l’avant des traits et comportements liés au genre masculin, selon nous pour respecter les attentes liées au milieu et au leadership, elles continuent à être présentées sous des traits prétendument féminins par les médias.

En ce sens, Heldman et coll. (2005) décrivent le défi vécu par beaucoup de politiciennes en précisant que pour les journalistes, et pour le public en général, l’idée de ce que signifie être une femme correspond mal aux attentes liées à l’idée de ce qu’est un chef d’État [traduction libre] (p. 316). D’après eux, être un chef d’État est une représentation socialement construite à partir de stéréotypes liés à la conception du leadership et du genre masculin. Nous croyons que, pour les politiciennes, cette vision du leadership pourrait les placer devant un choix difficile entre l’utilisation de traits liés à leur genre et ceux liés à l’exercice du pouvoir. Lors de notre analyse, nous illustrerons d’ailleurs comment sont mobilisés les traits et les caractéristiques liés aux politiciennes et mis de l’avant dans les discours médiatiques.

Notre problématique de recherche vise donc à mettre de l’avant l’articulation entre genre, politique et médias. Pour ce faire, nous avons choisi de nous intéresser aux femmes œuvrant dans le milieu politique, car nous croyons que les normes imposées par le genre et construisant les attentes liées aux parlementaires pourraient s’articuler différemment pour elles. De plus, nous croyons que le nombre restreint de femmes en politique vient accentuer cette différence. En effet, le pourcentage de femmes élues en politique au Québec n’a jamais dépassé 30 % 4 depuis l’élection de Claire Kirkland-Casgrain, première femme élue à l’Assemblée nationale, en 1961 (Maillé, 2012). Au Canada, les femmes ne constituent que 25 % 5 des élus du Parlement de 2011, et ce, malgré le fait que la première femme élue à la Chambre des communes le fut en 1921. Elle se nommait Agnes Campbell MacPhail. Par ailleurs, la question de la parité est discutée un peu partout à travers le monde. Dans certains pays (notamment, la France, l’Irlande, le Kenya, le Rwanda et la Chine), des mesures sont adoptées afin de favoriser l’élection de femmes (en imposant des quotas par exemple6). Au Québec, des actions réalisées autant par le mouvement des femmes que par le gouvernement du Québec (notamment par le biais du programme À égalité pour décider mis sur pied en 19997) visent à faire en sorte que les femmes aient davantage accès aux postes de décision dans les différentes instances (autant locales que régionales) ainsi qu’à réduire les obstacles à leur participation. D’après Maillé (2012), la plupart du temps, « les causes de la faible représentation des femmes dans les postes élus se résument à des lacunes individuelles de celles-ci » (p. 82). Justement, les analyses que nous vous présenterons dans les prochaines pages proposent de mettre en lumière les circonstances expliquant pourquoi certaines politiciennes sont systématiquement remises en question. Nous suggérons que les attentes populaires face au style adopté par le politicien sont notamment associées au leadership et au genre, et qu’elles sont présentes et reprises dans les différents discours sur la politique. Aussi, nous estimons que l’étude de certains de ces discours à propos des femmes politiques nous permettra d’avoir accès à ces attentes, construites selon nous par un rapport de force dichotomisant, soit le genre. Pour ce faire, nous ferons appel au cadrage (Entman, 1993) afin de préciser celles-ci.

Cadre théorique

Pour appréhender les représentations des femmes politiques dans les discours médiatiques, nous avons fait appel aux concepts de cadrage (Entman, 1993, 1997) ainsi qu’à ceux des stéréotypes et des représentations (Hall, 1997). Le concept de cadrage nous est utile pour comprendre et appréhender la construction des significations dans les textes médiatiques. Pour Entman (1993) :

To frame is to select some aspects of a perceived reality and make them more salient in a communication text, in such a way as to promote a particular problem definition, causal interpretation, moral evaluation, and/or treatment recommendation for the item described (p. 52).

Tout comme cet auteur, nous croyons que le cadrage peut influencer les perceptions de la (ou des) réalité(s) par la mise en relief de certaines caractéristiques (ou indicateurs). Ces cadres peuvent entrer en ligne de compte dans l’interprétation de ce qui nous entoure — dans notre cas, la conception de la politique. Par exemple, en mettant davantage l’accent sur des éléments précis, comme les traits associés au leader plutôt que ceux associés à la féminité, l’actrice politique est représentée d’une façon particulière. Nous affirmons également que le cadrage joue un rôle clé dans la construction des représentations, comme nous l’expliquerons plus en détail un peu plus loin dans le présent article.

À la suite des travaux d’Entman (1993), le cadrage a été mobilisé à l’intérieur de plusieurs recherches en communication ou en psychologie (Entman, 1993, 1997; Nelson et coll., 1997) ainsi qu’à l’intérieur d’analyses de discours médiatiques (Devitt, 2002; Heldman et coll., 2005; Lind et Salo, 2002; Ross et Bantimaroudis, 2006; et Trimble, 2005, pour ne nommer que ceux-là). À titre d’exemple, Page (2003) s’est intéressée aux termes utilisés lors de la construction des représentations d’une conjointe politique, en l’occurrence Cherie Booth/Blair, dans les médias. Cette femme, bien qu’elle soit l’épouse du premier ministre britannique, Tony Blair, poursuivait parallèlement une carrière de juriste fort respectée. Dans les travaux de Page (2003), il est surtout question des différences dans la façon de nommer cette femme8 dans les médias. Ainsi, selon les éléments clés des articles, les journalistes utilisant le nom de « Cherie Booth » ou de « Cherie Blair » construisaient alors deux images différentes.

Dans la lignée des travaux de ces auteurs, nous avons porté une attention particulière aux termes utilisés dans les discours médiatiques. Nous estimons que les termes, les mots, jouent un rôle important dans le cadrage menant à une construction particulière des représentations. Nous prétendons d’ailleurs, à l’instar de Hall (1997), que les représentations désignent l’ensemble des significations (ou meanings) attribuées aux concepts abstraits et objets concrets qui nous entourent. Ces significations, socialement construites et regroupées de diverses manières, façonnent les représentations (Hall, 1997). Ainsi, dans cette recherche, nous pensons que l’utilisation de termes précis (des cadres), pour décrire des politiciennes, permettrait la construction des représentations de ces dernières. Nous croyons également que l’évaluation des performances politiques de ces femmes, la mise de l’avant des qualités requises pour faire ce travail ainsi que l’importance des divers dossiers portés par ces politiciennes pourraient contribuer à la construction de ces représentations.

Dans une optique apparentée, nous croyons que parler des femmes en mobilisant des cadrages liés au genre pourrait contribuer à construire les représentations des politiciennes en fonction du genre (Kahn, 1996; Bystrom et coll.; 2004). Tout comme certains auteurs (Dolan, 2005; Devitt, 2002), nous désirons étudier les enjeux associés aux politiciennes. Sont-ils liés à la féminité ou à d’autres questions? En ce sens, Dolan (2005) avance que les sujets associés au genre des candidats lors d’élections ne seraient pas les mêmes : le cadrage des femmes serait davantage associé aux sujets liés à la scène personnelle et privée, comme l’éducation, les enfants, les personnes âgées; les articles parlant des hommes politiques, quant à eux, les associeraient davantage aux enjeux liés à la vie publique et, donc, à la scène politique ou publique, comme l’économie, la guerre et les relations internationales. Nous croyons que nous retrouverons ce type de cadrage dans notre recherche.

Plus encore, le cadrage en fonction du genre dépasse la simple notion d’association à des notions liées au masculin ou au féminin, et va jusqu’à l’association négative à tout ce qui se rapporte au genre opposé. En ce sens, la perception que nous aurons de la performance des politicien(ne)s sera influencée, d’abord par le choix des mots, puis par la connotation qui leur sera donnée dans les discours médiatiques.

Aussi, nous retenons que plusieurs auteurs illustrent que les femmes et la politique sont souvent présentées dans les discours médiatiques comme étant à l’opposé (Jamieson, 1995; van Zoonen, 1998). Si nous considérons que le milieu politique évolue dans un contexte médiatique particulier marqué par la personnalisation, où le persona et la performance des acteurs politiques occupent une grande place, il y a lieu de se demander quelles seront les représentations construites dans les discours médiatiques à propos des politiciennes.

Méthodologie

Afin de constituer des corpus liés au travail de certaines politiciennes, nous avons sélectionné plusieurs femmes élues sous différents partis politiques provinciaux et fédéraux. Nous les avons choisies sur la base de leur visibilité médiatique. Nous avons sélectionné des femmes de tous les âges, ayant occupé différents postes au sein des deux paliers de gouvernement (fédéral et provincial). L’objectif était alors d’avoir une variété de parcours et d’obtenir un échantillon illustrant bien les époques passées et présentes. Les politiciennes de notre corpus sont donc les suivantes (présentées ici en ordre alphabétique) : Lise Bacon, Louise Beaudoin, Kim Campbell, Rita Dionne-Marsolais, Liza Frulla, Louise Harel, Yolande James, Monique Jérôme-Forget, Marie-Claire Kirkland-Casgrain, Pauline Marois, et Belinda Stronach.

Pour constituer notre corpus, nous avons réalisé des recherches à partir de la base de données EUREKA et de visites aux archives de l’Assemblée nationale du Québec9. Afin de réaliser notre analyse de discours, nous avons donc choisi des textes médiatiques. Le choix de ces textes repose sur les critères de sélection suivants : 1) les textes devaient avoir été publiés au Québec dans les journaux périodiques (hebdomadaires ou quotidiens); 2) ils ne devaient pas avoir été publiés en période électorale; 3) ils devaient toutefois avoir été publiés pendant un mandat de ministre; 4) ils devaient être de type portrait ou biographie et, enfin, 5) ils devaient comprendre plus de 500 mots. Ces critères de sélection ont permis de recueillir près de 300 articles provenant principalement des journaux suivants : Le Devoir, La Presse, Le Nouvelliste, Le Droit, Le Soleil et la revue L’actualité.

Dans un second temps, pour répondre à notre question de recherche, nous avons procédé à une analyse qualitative du discours médiatique de tous les extraits décrivant soit la politicienne, soit son travail. Notre grille d’analyse comprend donc trois axes. En ce sens, nous avons classé les éléments utilisés pour décrire la personne en nous basant sur les recherches de Miller et coll. (1986), d’Eagly (2007), et de Blanc et Cuerrier (2007). Ensuite, nous avons codé les extraits qui décrivaient le quotidien des politiciennes en utilisant les indicateurs de performance liés aux trois scènes — 1) la scène des institutions politiques et de ses procédures, 2) celle du public et du populaire et 3) celle de la vie privée — telles que proposées par Corner (2000 et 2003) et van Zoonen (2005 et 2006). Dans un dernier temps, nous nous sommes intéressées aux enjeux défendus par les politiciennes et aux stéréotypes liés au genre en nous appuyant sur les travaux de Kahn (1996), Dolan (2005), Devitt (2002), et Bystrom et coll. (2004).

Grâce à ces trois axes, nous avons identifié les cadrages principaux utilisés lorsqu’il est question des politiciennes dans les discours médiatiques. Pour y arriver, nous avons porté une attention particulière aux récurrences dans les unités de sens identifiées dans les textes médiatiques analysés. Nous avons aussi pris en considération la connotation donnée aux unités de sens. Par exemple, il nous semblait important non pas uniquement de tenir compte de l’usage en contexte des indicateurs, mais également d’observer si la mention de ces derniers contribuait à une perception positive ou négative de la politicienne, ou encore si ces derniers n’avaient pas d’impact. Par la suite, en combinant les éléments clés identifiés lors de l’analyse, nous avons regroupé ces cadrages sous forme de portraits types pouvant être associés à une forme de représentation.

Nous présenterons, dans les prochaines pages, ces portraits tirés des cadrages utilisés lorsqu’il est question de ces politiciennes. Tour à tour seront présentés : le méta-portrait Femmes avant tout, et les portraits la Dame de fer, la Bonne Mère, la Battante, la Star, et la Pionnière exceptionnelle. Néanmoins, avant de présenter nos résultats, nous aimerions apporter quelques précisions sur les cadrages principaux mis en lumière par nos portraits. En effet, il ne serait pas opportun de voir les cadrages et les portraits comme étant fixes et irrévocables. Comme le genre est pour nous un processus et une construction pouvant varier selon les contextes et les enjeux mis de l’avant, nous croyons que les frontières entre les portraits proposés sont poreuses. Les femmes décrites en utilisant les éléments liés à un portrait pourraient voir leur médiatisation changer en fonction des dossiers et des situations auxquelles elles devront faire face. Ainsi, dans certains cas, les femmes et les médias joueront sur certaines représentations et mettront ainsi de l’avant des cadrages précis. Voici donc les portraits que nous avons mis en lumière.

Le métaportrait : Femmes avant tout

Tel que le remarquent Trimble, Trieberg, et Girard (2010), les femmes politiques attirent l’attention notamment en raison du caractère nouveau de leur présence en politique, ce qui peut, selon ces auteurs, être préjudiciable à leur carrière. À la suite de nos analyses, nous avons pu produire cinq portraits types ou cadrages types liés aux discours à propos des politiciennes étudiées. Avant d’aller plus loin, précisons qu’un sixième cadrage transcende tous les portraits. En effet, dans presque tous les articles, les politiciennes sont décrites en fonction du fait qu’elles sont des femmes. Ce cadrage met de l’avant le caractère particulier de leur nomination, un peu à la manière du cadre de la « première femme » (first woman), proposé par Heldman et coll. (2005). Par exemple :

M. Parizeau qui préfèrerait une femme à un homme pour mener un combat musclé? Ça ne m’a pas convaincue. Reste que la nomination d’une femme aux Finances est un évènement. À condition bien sûr que Mme Marois y soit plus longtemps … (Baril, Hélène, Le Soleil, 18 novembre 1995, p. B3)

Dans l’extrait précédent, le sexe de la politicienne est systématiquement mis de l’avant, laissant penser que le fait d’être une femme est un élément important dans la construction des représentations de cette politicienne, principalement pour celles qui furent les premières à siéger à l’Assemblée nationale. Comme le genre vient construire les normes rattachées notamment au monde politique, et que ce dernier est placé de façon dichotomique du côté masculin, nous croyons que mettre l’accent sur le sexe des politiciennes vient souligner leur exclusion du monde politique.

Par ailleurs, selon nos résultats et ceux d’autres chercheures (entre autres, van Zoonen, 2006), les médias auraient tendance à opposer le milieu politique et la vie privée, par exemple, en démontrant l’absence des mères dans la demeure familiale ou le fait que les femmes choisissent leurs carrières plutôt que leurs amours, tel qu’il est possible de le constater dans les extraits ci-dessous :

Un grand fils de 16 ans, les devoirs, les leçons, les activités de fiston, les repas, les réunions de parents, une magnifique maison à Outremont, tout cela demande du temps et de l’organisation. C’est lui, le mari, qui voit à la bonne marche de la logistique domestique. (En parlant de Mme Liza Frulla : Ouimet, Michèle, La Presse, 21 avril 1990, p. B6)
En couple depuis le mois de janvier, Belinda Stronach et Peter MacKay ont vu leur roman d’amour prendre fin abruptement cette semaine lorsque la jeune multimillionnaire a décidé de quitter son parti... et son amoureux pour faire le saut chez les libéraux. (Morissette, Nathaëlle, La Presse, 20 mai 2005, p. A7)

Ces cadrages s’articulent donc particulièrement autour du fait que le métier de politicienne les empêcherait d’être présentes auprès de leur(s) enfant(s) ou de leur amoureux. Ces politiciennes ne peuvent donc pas remplir leur rôle d’amoureuse ou de mère, et ainsi se conformer à leur rôle de sexe construit par le genre (Bereni et coll., 2008). Dans ce dernier cas, l’aide du conjoint semble primordiale. C’est d’ailleurs ce qui revient dans l’extrait ci-dessous :

Miracle d’organisation, à tout le moins. Pauline Marois affirme qu’il est impossible de mener carrière politique et famille de front sans l’appui de l’autre moitié du couple. Son mari, Claude Blanchet (le président de la SGF) est donc un père très présent.  « À une certaine époque, mon mari s’est occupé davantage des enfants que moi, il faut bien le dire, admet Mme Marois. C’est lui, bien souvent, qui allait chercher les bulletins et qui attendait dans les corridors des écoles pour rencontrer les professeurs de nos enfants. Il faut aussi savoir déléguer, parce que nous les femmes, on a souvent l’impression que nous devons tout faire. » (Marissal, Vincent, La Presse, 21 décembre 2002, p. B2)

Ces éléments récurrents viennent rejoindre les observations de certaines chercheures (Norris, 1996; Kahn, 1996; Jamieson, 1995; pour ne nommer que celles-là), et plus spécifiquement celles de van Zoonen (1998 et 2006). En effet, selon cette auteure, les femmes seraient toujours perçues comme devant se sacrifier pour réussir à faire carrière et parvenir à conjuguer travail et famille. Plus encore, il y a lieu de questionner le fait que l’articulation femme et politique reste pensée en fonction de la vie privée. Nous verrons d’ailleurs que la question de la maternité revient à plusieurs reprises dans les discours médiatiques analysés et dans les portraits qui seront présentés un peu plus loin.

Les Dames de fer

Le premier portrait est celui de la Dame de fer. Ce portrait est souvent présent dans les discours médiatiques, particulièrement pour décrire certaines femmes politiques, dont le style se rapproche de celui de l’ancienne Première ministre de la Grande-Bretagne de 1979 à 1990, Margaret Thatcher, « The Iron Lady ». Cette femme était présentée en utilisant des traits fortement masculins, tels que la dureté et l’entêtement. Le vocabulaire militaire, privilégiant la victoire et la force, était également utilisé pour la décrire. Nous verrons d’ailleurs que certaines politiciennes sont également présentées comme des Dames de fer.

Les femmes de ce portrait sont donc décrites sous des traits masculins; elles sont associées aux enjeux économiques, et peu d’éléments les rattachent à la scène privée (voir tableau 1).

Tableau 1. Éléments clés du portrait des Dames de fer

Tableau 1

Plus précisément, dans ce portrait, les politiciennes sont explicitement associées à des caractéristiques axées sur la tâche. Par exemple, les traits de caractère tels que la force, la rigueur, la dureté et la combativité sont souvent au cœur des descriptions. Ainsi, dans les citations ci-dessous, la rigueur, trait construit socialement par le genre et associé à la masculinité, sert à qualifier la performance politique :

Promettant « rigueur sans rigidité » la Dame de fer du gouvernement Charest [Monique Jérôme-Forget] affirme que le « gouvernement ne s’éparpillera pas et qu’il est prêt à faire des choix lucides et courageux ». (Lessard, Denis, La Presse, 14 juin 2003, p. B4) 

Dans ce portrait, il est souvent question également de la dureté de ces femmes par la mise en relief de l’importance d’atteindre leurs objectifs. Ces notions attachées au vocabulaire de la lutte, et donc habituellement associées par le genre aux hommes, illustrent que ces femmes sont décrites sous des traits ne correspondant pas à ceux du sexe féminin. Les extraits qui suivent mettent en lumière les diverses formes que peuvent prendre ces cadrages :

Il n’y a aucun doute que Mme Bacon sait s’affirmer. Plus que la plupart de ses collègues mâles, elle possède cet « instinct du tueur » qui fait les vrais bons politiciens. (David, Michel, Le Soleil, 4 mai 1993, p. A14)
« L’image d’une main de fer dans un gant de velours lui va [Louise Harel] parfaitement », dit Jean-Marc Léger. (Yakabuski, Konrad, L’actualité, Vol. 21, No 17, 1er novembre 1996, p. 52)

Des termes comme « instinct de tueur », ainsi que « main de fer » sont en droite ligne avec une représentation du leadership axée sur la tâche. Il ne semble pas y avoir de possibilité d’échapper à la mainmise de ces politiciennes.

À la lumière de l’analyse des traits et caractéristiques présentés précédemment, une question vient à l’esprit. Pourquoi ce portrait se rapproche-t-il davantage de traits généralement associés aux hommes? Nous croyons que la réponse réside dans les enjeux qu’elles portent au gouvernement. En effet, ces politiciennes étaient systématiquement associées à des enjeux économiques, comme le budget des gouvernements, les finances de l’État ou les réformes municipales. Ces dossiers, peu habituels pour les femmes, pourraient venir expliquer l’utilisation d’un vocabulaire plus masculin, notamment en raison du désir de respecter les codes et les critères d’évaluation liés à la performance et à la réussite sous-jacente à ces ministères. Nous croyons aussi que ces politiciennes sont peut-être décrites comme des Dames de fer à défaut d’autres exemples ou de possibilités d’identification, car Margaret Thatcher a longtemps été une des seules femmes à la tête d’un parti et d’un pays. (Deux autres exemples antérieurs : Golda Meir et Indira Gandhi.)

Soulignons également que ces politiciennes sont cadrées comme étant peu portées sur le développement ou la préservation des relations avec autrui. Il y avait donc peu de références au domaine des émotions, généralement rattaché aux femmes et à la scène privée. Plus encore, dans certains articles, les traits en lien avec la féminité étaient associés négativement à quelques politiciennes, renforçant la mise en relief des caractéristiques liées à la tâche. Par exemple, dans le cas de Lise Bacon, non seulement les textes médiatiques la décrivent comme attribuant de l’importance aux éléments habituellement masculins, mais aussi comme dénigrant les traits féminins. Dans l’extrait suivant, il est question de ce double élément :

Pour certains, les bons sentiments font de la mauvaise littérature. Pour Lise Bacon, ils font surtout de la mauvaise politique. « Vous me prêtez toutes sortes de sentiments. Je remarque qu’on parle beaucoup de sentiments lorsqu’on parle d’une femme en politique, beaucoup plus que de (la valeur des) dossiers », lançait-elle cette semaine. (Lessard, Denis, La Presse, 27 octobre 1990, p. B1)

La mise en relief de la dureté de ses propos et de son impatience relativement aux sentiments est plus proche des aptitudes socialement attribuées aux normes masculines. Nous croyons que ces éléments renforcent la construction du portrait de la Dame de fer. Dans une optique apparentée, Carroll et Fox (2006) ainsi qu’Heldman et coll. (2005) font également ressortir, dans leurs recherches à propos des femmes en politique et du traitement médiatique à leur sujet, une association négative entre les traits dits féminins et les femmes politiques. En ce sens, nous croyons que ces Dames de fer se rapprochent davantage des représentations associées aux chefs ou leaders que les représentations liées à la féminité. Cela explique peut-être pourquoi ces femmes réussissent à s’implanter dans le milieu. Néanmoins, il y a lieu de se questionner sur l’importance de mettre de côté ces traits dits féminins pour avoir du succès en politique. Ce portrait est donc celui qui se rapproche le plus des représentations des leaders et des normes masculines construites par le genre. Dans un autre esprit, le second portrait, plus nuancé, est ici lié à une image plus maternelle; il s’agit des Bonnes Mères.

Les bonnes mères

Le second portrait dégagé représente des politiciennes comme étant des Bonnes Mères. Ce portrait est caractérisé, selon nos recherches, par un équilibre entre le social et l’économique, et regroupe les femmes qui gèrent les « bobos » et le budget. Dans ce cas, les traits et caractéristiques se rapprochent de ceux liés aux représentations de la mère de famille. Les enjeux sont alors équilibrés entre les notions sociales et économiques. La scène privée est également très présente dans la description de ces femmes; elle sert à ancrer la performance politique. Le tableau 2 résume les traits, les enjeux, ainsi que la scène dominante dans le portrait des Bonnes Mères.

Tableau 2. Éléments clés du portrait des Bonnes Mères

Tableau 2.

Ces femmes sont donc décrites sous des traits établissant leur capacité à générer un consensus et à faire preuve d’autorité, comme le mettent en lumière les citations suivantes :

Dans l’entourage de Jacques Parizeau, on répète que Pauline Marois est la championne des consensus, qu’elle est capable de dégager des ententes là où les risques de bisbilles sont évidents. La dernière ronde de négociations dans le secteur public est un exemple probant, explique-t-on. (Lessard, Denis, La Presse, 11 novembre 1995, p. B1)

Tel qu’il est possible de le constater dans l’extrait ci-dessus, le vocabulaire utilisé fait également référence au domaine de la maison ainsi qu’à la vie domestique. Le terme « bisbille », associé aux querelles des enfants, est ici appliqué au monde « viril » de la politique. Cette impression est renforcée par la description des relations réelles entre les mères et leurs enfants et l’importance accordée à leur identité de mère prescrite par le genre, comme le présente les extraits ci-dessous :

Mère de quatre enfants — de 10 à 16 ans —, elle a dû acquérir des habitudes de travail très strictes. Elle [Pauline Marois] concentre beaucoup ses journées de boulot quand elle est à Québec, mais en revanche ses fins de semaines sont « sacrées », observent ses anciens fonctionnaires. (Lessard, Denis, La Presse, 11 novembre 1995, p. B1)
 « Moi ce que j’aimerais... c’est être grand-mère! » réplique-t-elle amusée. Elle [Louise Harel] est un peu triste de n’avoir eu qu’un seul enfant, et anticipe déjà la joie de s’occuper d’un nouveau poupon. « Le grand danger, c’est de s’identifier à sa fonction. Moi j’existe comme mère de Catherine, comme conjointe de mon chum. » (Lessard, Denis, La Presse, 12 octobre 1996, p. B5). 

Ainsi, les politiciennes faisant partie du portrait des Bonnes Mères expliquent l’importance d’être maternelle et de garder l’équilibre entre le rôle politique et familial. Mais qu’arrive-t-il à celles qui n’ont pas d’enfant(s)? Dans certains cas, le sujet est simplement évité. Par contre, pour d’autres, l’accent sera mis sur le coté maternel en parlant des enfants qu’elles côtoient dans leur quotidien :

La ministre [Monique Jérôme-Forget] est aussi la marraine de Ming Xia, la fille de sept ans de la productrice Denise Robert et de son conjoint, le cinéaste Denys Arcand. Et elle prend son rôle à cœur! Plusieurs fois par année, elle garde sa filleule durant les fins de semaine. « Monique fait partie de notre famille reconstituée », dit Denise Robert. (Lewandowski, René, L’actualité, Vol. 29, No 3, 1er mars 2004, p. 25).

Ainsi, les discours entourant les femmes politiques peuvent servir à illustrer qu’elles sont aussi capables de satisfaire les attentes construites par le genre, et donc de se conformer en quelque sorte au modèle de la bonne mère de famille.

Par ailleurs, dans ce portrait, l’accent est également mis sur la réponse aux besoins des électeurs, et sur la consultation du public, tel qu’il est possible de le constater ci-dessous :

« La démocratie ne se limite pas à mettre un bulletin dans l’urne tous les quatre ans. C’est aussi la participation des citoyens au processus de décision », d’insister Louise Beaudoin. Avec des consultations « en amont » les Sommets n’auraient pas l’air de débarquer « comme un cheveu sur la soupe » dans les villes d’Amérique. (Lessard, Denis, La Presse, 23 avril 2001, p. A4)

Ainsi, ces femmes sont décrites comme cherchant particulièrement le consensus, qualité socialement associée par le genre à l’univers féminin. En effet, tel que le décrivent Eagly et Johnson (1990), les femmes auraient tendance à adopter un style de leadership plus démocratique ou participatif, et à moins utiliser les styles plus autocratiques et directifs comme le font les hommes [traduction libre] (p. 233). Les notions de participation et de démocratie particulièrement présentes dans ces extraits viennent renforcer la recherche de consensus liée à la maternité et au féminin (Blanc et Cuerrier, 2007; Bass, 1990).

Par contre, un peu à l’instar du portrait des Dames de fer, il est difficile de savoir si le fait d’être une mère explique le choix des enjeux — ici plus souvent sociaux — qui sont défendus, ou si ce sont ces enjeux qui expliquent ce type de cadrage. Néanmoins, cette importance donnée à la vie privée de ces femmes peut être un risque, comme le précise van Zoonen (2006). Cette chercheure avance qu’une attention trop importante au persona privé et à la vie familiale des politiciennes risque de montrer le caractère non standard de leurs choix en fonction de leur genre [traduction libre] (p. 299). Ainsi, mettre de l’avant la maternité des femmes pourrait jouer contre elles, principalement dans la perception qu’aura la population de leur performance privée en remettant en question leur présence réelle à la maison (ce qui ne concorde pas avec le genre féminin). En ce sens, nous croyons que ces représentations présentes dans les discours médiatiques reprennent les stéréotypes liés au genre et les transposent au monde public, endroit où les femmes étaient peu ou pas présentes il y a à peine une trentaine d’années. D’autres types de portraits sont possibles, comme nous pourrons le constater avec le troisième portrait, les Battantes.

Les Battantes

Ce troisième portrait, en l’occurrence les Battantes, regroupe les énoncés où le cadrage est principalement axé sur la justification et la légitimation de la présence des femmes en politique. Ainsi, les traits et caractéristiques associés aux compétences ou à la lutte, la remise en question de la performance politique et la notion d’origine et d’avenir sont au cœur de ce portrait, tel que le résume le tableau 3.

Tableau 3. Éléments clés du portrait des Battantes

Tableau 3.

De ce portrait, il ressort que le rôle de la femme politique est remis en question, voire qu’il est non acquis. En effet, pour les Battantes, les significations s’organisent autour de caractéristiques telles que la compétence, surtout par la mise en relief de l’incapacité à répondre aux questions. Ce cadrage est particulièrement saillant à plusieurs occasions dans le corpus. L’extrait suivant en est une illustration :

Elle [Yolande James] n’a pas été en mesure de préciser quelle serait la hausse du budget, se contentant de promettre de nouvelles mesures de francisation pour bientôt. (Nadeau, Le Droit, 2 novembre 2007, p. 17)

Ici, la capacité de ces politiciennes à mener à bien la tâche qui leur incombe est questionnée. La connaissance des dossiers et des normes politiques est aussi particulièrement discutée dans les articles. Dans presque tous les cas, cette discussion sert à mettre en lumière le manque d’expérience, donc de légitimité de ces politiciennes, tel que nous le voyons ci-dessous :

Mais on proteste, dans les rangs libéraux, du fait de son manque d’expérience [Yolande James].  … De son côté, The Gazette reproche à la jeune femme de ne pas avoir refusé cette nomination, qui a fait d’elle « l’instrument avec lequel Jean Charest a asséné une gifle méprisante aux anglophones et aux allophones qui l’ont maintenu au pouvoir le mois dernier ». (Boisvert, La Presse, 20 avril 2007, p. A5)

Dans cette citation, la politicienne est même présentée comme un « instrument » qui peut être utilisé par un politicien masculin. Il s’agit là d’une façon de montrer qu’elle n’a pas de pouvoir. Dans le cas des Battantes, souvent des néophytes politiques, nous pourrions nous demander si devoir prouver leur compétence ne viendrait pas simplement du fait qu’elles font leur entrée en politique. Nous croyons que, dans certains cas, leur nouveauté est effectivement le cœur de leur description, mais que cela n’explique pas pourquoi, par exemple dans le cas de Louise Beaudoin, ce cadrage perdure.

Nous croyons, à l’instar de Dessinges (2009), que la légitimité des femmes est facilement remise en question, et cela, comme l’avance Perry (2005), en raison du fait que la masculinité est moins contraignante lors de la construction de l’image des acteurs politiques. Ainsi, dans ce cadrage, les traits associés à la bataille, comme la détermination, la ténacité ou la force de caractère, sont omniprésents, comme il est possible de le constater ci-dessous :

Mardi dernier, elle a fait son entrée à l’Assemblée nationale pour la première fois après avoir tenté — sans succès — de se faire élire comme députée à quatre reprises depuis les élections de 1976. Louise Beaudoin la voulait, sa place de députée. « C’est le triomphe de la détermination », lance la ministre des Affaires canadiennes du cabinet Parizeau. « Ça fait 18 ans que j’essaie de prendre mon siège de députée. J’ai été accrochée à cette idée-là comme ce n’est pas possible… » (Gagnon, Katia, Le Devoir, 5 décembre 1994, p. A8).

Outre les caractéristiques mentionnées ci-dessus, il est également fréquent de voir des extraits où l’on discute de l’avenir ou de l’origine de ces politiciennes. Cela a pour principal impact d’ancrer la politicienne dans un milieu socio-économique précis, soit pour souligner son attachement au comté, soit pour justifier son intérêt pour la politique en le situant dans l’enfance. Plus encore, comme la présence de ces femmes est remise en question, on va dans certains articles jusqu’à justifier leur présence en détaillant leurs aspirations ou l’origine de leur désir de carrière politique, élément illustré dans les extraits suivants :

Tenant le discours d’ouverture, la ministre de la Culture et des Communications du Québec, Louise Beaudoin a affirmé être tombée dans la potion de la politique très jeune, notamment en tant que fille et petite fille de juge, nièce et sœur d’avocat. (Montpetit, Caroline, Le Devoir, 28 mai 1996, p. A3)
Mme Dionne-Marsolais s’estime bien placée pour établir les ponts entre le privé et le gouvernement, elle qui a dirigé plusieurs entreprises privées et occupé des postes publics, dont la fonction de déléguée générale du Québec à New York de 1984 à 1987 (Veyron, Bernard, Les Affaires, 22 octobre 1994, p. B 23) 

Dans le premier extrait, la présence de la politicienne est justifiée par le fait qu’elle provient d’une famille d’avocats, un milieu habituellement associé à la vie politique. Dans le second extrait, la légitimité de la politicienne est expliquée par les carrières antérieures.

Pour les politiciennes associées au portrait des Battantes, la légitimité peut également être construite par l’attribution personnelle du mérite de certains résultats en lien avec le rôle de ministre. Par exemple, on pourrait mentionner la réalisation d’un projet en parlant de victoire pour la politicienne. Ainsi, dans la lignée des travaux de Gingras (1995, 1999) sur la personnalisation détaillés au début de cet article, nous croyons que, dans le cas des Battantes, le fait de mettre de l’avant leurs caractéristiques individuelles et l’attribution du mérite offrent une forme de rapprochement avec la population. Nous avançons alors que cette forme de personnalisation permet à ces politiciennes de prouver à la population que leur place est méritée. Par exemple, dans l’extrait suivant, l’attribution des honneurs vient en quelque sorte établir que cette politicienne est compétente dans son travail :

On se sera rappelé à l’occasion que Mme Beaudoin était quelqu’un qui avait un accès (presque) direct au président Mitterrand et qu’aujourd’hui elle invite à dîner à la résidence de l’avenue Foch le patron du Nouvel Observateur Jean Daniel … :
« Le jour où elle ne sera plus là, son successeur verra … le ministre délégué à la Coopération et basta. » L’exploit est de taille, mais strictement personnel. (Robitaille, Louis-Bernard, La Presse, 20 janvier 2002, p. A1)

En somme, dans ce portrait, le cadrage est à la fois positif et négatif. Il est ici possible de tisser des liens avec les travaux de Norris (1996) et de Ross (1995) à propos des femmes leaders. Dans les deux cas, ces chercheures illustrent que la couverture médiatique des femmes est centrée sur la personne et que celle-ci est constamment remise en cause dans son rôle de politicienne. Dans plusieurs cas, la question qui subsiste est : sont-elles à la hauteur? Ici, il y a lieu de se questionner sur cette remise en cause des compétences de ces femmes à assumer leur rôle politique. Est-ce qu’un acteur politique masculin aurait été l’objet de critiques similaires? Est-ce qu’il aurait à se justifier systématiquement de ses décisions ? Il semble que ce cadrage soit plus présent pour les femmes politiques. En effet, les travaux de Gigendil et Everitt (2000) illustrent que les décisions des femmes ministres sont systématiquement liées à une justification alors que celles des hommes dans un poste similaire sont présentées sans nécessité de justification. Il est alors possible de croire que les politiciennes qui font partie de ce groupe sont poussées à prouver qu’elles connaissent les règles du jeu et à prouver leurs compétences, peut-être encore plus que les autres politicien(ne)s. Cela, probablement parce que, comme nous l’avons discuté précédemment, certains traits liés à la féminité ne concordent pas à ceux de chef d’État (Carroll et Fox, 2006; Heldman et coll., 2005; Bystrom et coll., 2004). Ce portrait viendrait donc appuyer les travaux de ces chercheures et met de l’avant l’importance de pousser plus loin la réflexion au sujet des représentations des femmes en politique.

Enfin, si ce portrait semble remettre en cause la présence des femmes, le prochain est, quant à lui, articulé principalement autour d’une notion centrale de la société actuelle : la célébrité. À l’instar des vedettes de télévision ou de cinéma, ces politiciennes sont considérées comme des Stars.

Les Stars

Le portrait des Stars regroupe les cadrages des politiciennes construits autour du vocabulaire lié à la célébrité et ce, particulièrement, pour décrire le quotidien de ces femmes. Ainsi, à l’instar des travaux de Corner (2000 et 2003), de Street (2004) et de van Zoonen (2005), nous croyons que ce portrait est articulé autour de représentations proches de ce qu’ils appellent la celebrity politics. Pour Street (2004), cette dernière surviendrait lorsqu’un politicien élu ou un candidat utilise des formes et des associations de la célébrité pour encenser son image et communiquer ses messages [traduction libre] (p. 437). Cette association à la célébrité peut prendre plusieurs formes, dont le rapprochement avec des vedettes musicales ou sportives et l’apparition dans les émissions de fin de soirée ou de style talk-show. Pour Corner (2003), la celebrity politics serait aussi caractérisée par une visibilité et une attention médiatique soutenues. En ce sens, le cadrage des Stars s’articule, par exemple, autour d’une association négative à des traits axés sur la relation, mais donnant une importance à certains associés à la tâche. Les enjeux sont, pour leur part, relayés au deuxième plan, derrière la vie privée et la performance publique de ces politiciennes. Le tableau 4 présente d’ailleurs la synthèse de ces éléments.

Tableau 4. Éléments clés du portrait des Stars

Tableau 4.

À l’exemple des recherches de Corner (2000), le portrait des Stars s’articule autour d’un amalgame de qualités et de défauts liés à l’individu. Ainsi, les Stars sont souvent associées aux traits négatifs liés à la relation. Par exemple, tel que nous le remarquons dans les extraits ci-dessous, ces politiciennes sont présentées comme colériques ou encore impulsives, à un point tel que leur côté relationnel est souvent, dans les articles analysés, soit évacué, soit dénigré. De plus, ces femmes sont aussi décrites comme des passionnées du milieu politique et de leurs dossiers. En effet, selon nous, la passion serait liée au caractère décrit comme parfois bouillant de ces dames. Plus encore, la passion viendrait aussi expliquer la légitimité et la présence en politique par la démonstration de l’authenticité de la politicienne (van Zoonen, 2005), tel que nous pouvons le constater ci-dessous :

La passionaria péquiste [Louise Beaudoin] veut continuer à se battre pour sa circonscription électorale de Chambly, « l’œuvre inachevée » qu’est son pays et sa place dans le monde. Quand le sujet de la présence du Québec sur la scène internationale et la diversité culturelle surgit en entrevue, elle bondit sur le bout de son siège en continuant de parler. Le regard brille … . (Cloutier, Mario, Le Devoir, 5 novembre 2001, p. A1).

Outre la passion, trait qui pourrait ici être associé à la tâche, un autre type de trait est mis de l’avant dans ce portrait. Il s’agit d’un trait lié aux relations humaines : l’utilisation du charme ou de la séduction. Ce qui est intéressant, c’est que ce trait est évalué négativement, en raison de l’emploi péjoratif du terme « ensorceleuse », tel que l’avance le passage suivant. Ici encore, on se rapporte au sexe de la politicienne ainsi qu’au fait qu’elle utilise son charme pour s’avancer en politique :

Il ne serait pas approprié de dire que la madame est culottée — elle en porte à l’occasion. … Avant tout, Belinda Stronach est une grande ensorceleuse : c’est la première fois depuis bien longtemps que je vois Paul Martin sourire sans avoir l’air crispé … (Vastel, Michel, Le Droit, 18 mai 2005, p. 25)

Plus encore, ces politiciennes sont décrites comme particulièrement axées sur la réalisation des résultats et de la tâche, par exemple, en raison de la démonstration de la dureté. Elles ne le sont pas en fonction de la droiture ou de la rigueur dans les dossiers comme nous l’avons vu dans le portrait de la Dame de fer, mais plutôt en lien avec les émotions. Ainsi, la dureté de la politicienne est illustrée dans l’extrait ci-dessous par la mise en relief de son absence de sympathie face à la douleur de son ex-conjoint :

Pendant que Peter MacKay nous exposait ses blessures, Belinda Stronach gardait le silence. Telle Edie, la méchante blonde dans la télésérie à succès Beautés désespérées, Madame Stronach a montré qu’elle n’avait pas froid aux yeux et qu’elle était prête à tout pour arriver à ses fins. Calculatrice, ambitieuse, aimant le pouvoir … Encore aujourd’hui, lorsqu’ils sont conjugués au féminin, ces qualificatifs se transforment automatiquement en insultes. (Collard, Nathalie, La Presse, 20 mai 2005, p. A22)

Dans ce cas, Mme Stronach avait, à ce moment, quitté le député MacKay avec qui elle avait entretenu une relation amoureuse, pour ensuite changer de parti, signant par le fait même la survie du gouvernement libéral de Paul Martin. Outre la dureté mise de l’avant, cet extrait met en lumière un élément important de la couverture médiatique des politiciennes, soit un double standard. Ainsi, l’opposition entre les sentiments (semblant ici justifiés et donc positifs) de Peter McKay et le silence (donc l’absence de sentiments, ici perçue négativement) de Belinda Stronach met en lumière les choix non standards pour le genre féminin réalisés par cette politicienne. Plus encore, à l’instar des travaux de Carroll et Fox (2006), nous posons que les traits socialement associés aux leaders ne se conjuguent pas au féminin, et qu’une femme cadrée sous ces derniers sera mal perçue par la population.

Ce passage est également intéressant grâce au lien explicite entre la députée et un personnage de fiction, tiré d’un téléroman populaire : Beautés désespérées (version francophone de l’émission américaine Desperate Housewives). L’association à cette émission mettant en vedette des femmes au foyer stéréotypées permet d’orienter l’image de la politicienne en utilisant l’un des aspects de la celebrity politics, comme discuté précédemment. Ainsi, l’emploi du stéréotype d’une femme blonde et méchante vient cadrer le persona de la politicienne et met de l’avant, de façon explicite, l’aspect négatif lié à la quête du pouvoir sous-jacent au changement de parti réalisé par Mme Stronach. Plus encore, il pourrait s’agir d’une façon de ramener les femmes dans la scène domestique, car les vedettes de cette télésérie sont des femmes au foyer.

Par ailleurs, les Stars sont aussi présentées comme étant le centre des préoccupations médiatiques, car l’accent est mis sur elles, sur les détails de leur vie privée, sur leurs sorties publiques, et non pas sur les dossiers qu’elles défendent. Ainsi, le premier extrait ci-dessous provient d’un article parlant presque exclusivement de la vie privée, sans mentionner le nouveau ministère de la politicienne, et le second parle de vêtements griffés sans considération pour le dernier dossier défendu par la ministre :

C’est d’ailleurs sur le terrain de golf familial, à Aurora, que Mme Stronach a fait la rencontre de Bill Clinton. … Le quotidien a alors titré : « Bubba’s blonde pal » que l’on pourrait traduire par « la blonde amie de Bubba » (surnom de Bill Clinton). (Touzin, Caroline, La Presse, 18 mai 2005, p. A2)
Elle porte des griffes québécoises depuis toujours. Tour à tour, elle a fréquenté les boutiques de Michel Robichaud, Jean-Claude Poitras, John Warden. … Son nom, Rita Dionne-Marsolais, ministre de l’Industrie, du Commerce et de la Technologie. (Roy, Viviane, La Presse, 18 septembre 1996, p. C2)

En terminant, notons que ce dernier cadrage est inspiré de celui qu’avance Elisabeth van Acker (2003) dans ses recherches sur les types de portraits produits par les médias néo-zélandais et australiens à propos des politiciennes de ces endroits. En effet, à l’instar de ces travaux, nous croyons que les femmes cadrées comme des Stars vivent une importante visibilité médiatique. De plus, nous avons aussi constaté que la majorité des articles utilisait la vie privée et l’apparence pour discuter de ces femmes.

Par contre, nos recherches nous ont aussi permis de mettre de l’avant un cadrage positif, principalement en raison de l’utilisation des traits tels que la passion pour le milieu et la détermination. Ainsi, notre analyse ne permet pas de rendre un jugement aussi sévère que celui proposé dans les travaux de van Acker (2003). En effet, selon ses écrits, bien que ces femmes bénéficient d’une forte couverture médiatique, elles finissent éventuellement par payer le prix d’être devenues des personnalités publiques parce qu’elles ne sont plus prises au sérieux [traduction libre] (van Acker, 2003, p. 11). Cette constatation, bien qu’elle alimente nos réflexions, ne peut être appuyée dans la présente recherche. En effet, nos résultats ne permettent pas de tisser un lien négatif entre la célébrité et la carrière politique, notamment en raison de la longue carrière de Mme Liza Frulla. La question qui s’impose alors est la suivante : est-ce que Liza Frulla pourrait être considérée comme une exception? Bien que le cadrage dominant utilisé pour dépeindre Mme Frulla ne nous amène pas dans cette voie, certaines femmes sont effectivement décrites comme l’exception qui confirme la règle.

Les Pionnières exceptionnelles

Au fil de nos analyses, nous avons constaté que certaines politiciennes étaient présentées comme des exceptions, des pionnières qui ne pouvaient pas être imitées. Nous avons donc choisi de nommer ce portrait : la Pionnière exceptionnelle. Dans ce cas, la discussion tournait majoritairement autour des enjeux politiques et posait leur élection comme un fait particulier, voire singulier (voir tableau 5).

Tableau 5. Éléments clés du portrait des Pionnières exceptionnelles

Tableau 5.

Un exemple serait Kim Campbell, dont l’intelligence et le sens politique étaient au cœur des attaques de ses adversaires. Nous pourrions croire que l’intelligence devrait pourtant être un trait important associé au monde politique, mais nous ne l’avons pas retrouvé dans les autres portraits. Ce trait prend cependant une importance très explicite chez les Pionnières exceptionnelles, tel qu’il est possible de le lire dans les extraits suivants :

À l’issue de son allocution, les invités n’ont pu s’empêcher de faire des comparaisons entre la ministre et les politiciens américains qui se disputent actuellement la présidence du pays. « Je pense qu’il y a de la jalousie de la part de ceux d’entre nous qui doivent subir une campagne électorale dans laquelle il y a de l’intelligence d’un côté et de l’habileté politique de l’autre, les deux bien séparés, a déclaré le directeur des Affaires canadiennes à la Americas Society, M. Stephen Blank. Mme Campbell possède ces deux qualités. » (Tison, Marie, La Presse, 29 avril 1992, p. B7) 
Enfin, tous s’accordent à reconnaître que Kim Campbell a subi, beaucoup plus que son adversaire, un impitoyable examen des médias, un examen qui frôle l’inquisition. Hier encore, sous prétexte d’un profil, un quotidien torontois a exhumé des extraits d’une de ses dissertations de premier cycle en sciences politiques! S’il fallait qu’on mesure l’intellect de ses adversaires avec les mêmes méthodes, le champ serait jonché de mutilés. Son intelligence étant justement incontestable, madame Campbell a survécu à ces jeux, mais il ne fait nul doute que la campagne l’a affaiblie. (Bissonnette, Lise, Le Devoir, 15 juin 1993, p. A8)

L’accent sur l’intelligence mérite d’être discuté dans la mesure où celle-ci semble expliquer le succès de ces femmes. Bien qu’il s’agisse d’une caractéristique qu’elles possèdent et qui légitime leur place en politique, il est ici pertinent de souligner que cela occulte le fait que ces politiciennes ont dû travailler fort afin d’accéder à ces sommets politiques.

Par ailleurs, dans le cas de Kim Campbell, le caractère exceptionnel de son élection était souvent souligné par le fait qu’elle était une femme. Ainsi, le « “first woman” frame » discuté dans les travaux d’Heldman et coll. (2005) et expliqué précédemment, trouve écho dans cette partie de nos analyses. En effet, les Pionnières exceptionnelles sont souvent présentées d’abord en fonction de leur sexe et des caractéristiques construites par le genre, puis en fonction du caractère exceptionnel de l’élection d’une femme à un poste prestigieux au gouvernement. Il est d’ailleurs possible de le constater ci-dessous :

Mme Bacon fut entre autres une pionnière pour les femmes en politique : deuxième femme, après Claire Kirkland-Casgrain, à être élue à l’Assemblée nationale et à devenir ministre (pour la première fois en 1973), seule élue féminine de 1973 à 1976. Première femme à occuper la présidence d’un parti (le PLQ, en 1970). (Venne, Michel, Le Devoir, 15 décembre 1993, p. A4)
Kim Campbell est devenue hier première ministre pour gouverner le Canada, et non pour faire la révolution. Elle ne pouvait satisfaire la meute qui lui réclamait de jouer à la fée et de changer la citrouille en carrosse, mais elle s’est montrée capable d’innovations importantes. C’était là l’essentiel pour un cabinet de transition. (Bissonnette, Lise, Le Devoir, 26 juin 1993, p. A8)

Il est ici intéressant de constater l’utilisation du terme « fée » et de la métaphore tirée du classique de l’enfance féminine, Cendrillon. Dans ce conte, la fée marraine change la citrouille en carrosse, permettant à la jeune fille de retrouver son prince charmant. Par contre, dans le cas qui nous intéresse, la métaphore met en évidence l’incapacité à réaliser les attentes du milieu, un peu comme si le fait d’être une femme ne suffisait simplement pas à faire opérer la magie politique.

Par ailleurs, ces femmes sont présentées d’abord comme telles, puis comme étant ensuite politiciennes. Cette nuance, bien qu’elle puisse sembler peu importante, soulève plusieurs questions puisque les hommes politiques sont présentés comme des politiciens, sans mention apparente liée au genre (Perry, 2005). Cette distinction viendrait donc positionner les femmes politiques comme ayant un statut particulier au sein de ce milieu, en raison des considérations construites par le genre. Plus encore, comme il en est question ci-dessous, certains articles allaient même jusqu’à justifier l’élection de Mme Campbell par le fait qu’elle soit une femme :

Progressiste dans les dossiers à incidences sociales et conservatrice dans les questions touchant l’économie. Qu’elle [Kim Campbell] soit femme constitue plus ou moins pour elle un avantage dans une formation conservatrice. (Simpson, Jeffrey, Le Devoir, 28 décembre 1992, p. 13)

Dans ce cas, ce portrait rejoindrait les travaux sur les premières femmes (notamment Page, 2003; Heldman et coll., 2005; Trimble, 2005) qui restent systématiquement présentées de cette manière dans les médias. Dans le cas de Kim Campbell, nous croyons que cela peut s’expliquer par le fait qu’elle ait été (et est toujours au moment d’écrire ces lignes) la seule femme à avoir été Première ministre du Canada10.

Discussion et conclusion

Lors de sa carrière, Mme Marois, tout comme les politiciennes de longue date, a traversé de nombreux défis. Depuis qu’elle est chef du Parti québécois, les obstacles cumulent. Mais n’est-ce pas aussi le cas pour Jean Charest, chef du Parti libéral du Québec et Premier Ministre de la province depuis 2003? Pourquoi alors les difficultés de Mme Marois lui ont-elles valu le surnom de « Dame de béton »? Est-ce lié aux normes imposées par le genre qui construisent le monde politique comme étant hostile aux éléments liés à la féminité? Est-ce parce qu’en tant que femmes, le leadership est plus difficile à établir? Les questionnements sur le rôle du genre dans la médiatisation des politiciennes sont, encore aujourd’hui, très nombreux. Comme l’a déjà souligné Matamoros (2010), « la conquête du pouvoir est rarement envisagée comme gracieuse pour les femmes. Les premières femmes leaders étaient considérées si inhabituelles que les femmes étaient associées à des qualités masculines ou bien aux métaux » [traduction libre] (p. 325). Cela semble toujours le cas. Plus encore, comme le souligne cette auteure, les femmes de pouvoir doivent toujours naviguer en eaux troubles lorsqu’il est question de montrer qu’elles sont compétentes tout en respectant les stéréotypes de genre. Elles doivent notamment composer une image qui respecte les attentes nationales et culturelles de leur pays afin d’obtenir l’appui de la population. À ce propos, le portrait Femme avant tout illustre bien le fait que l’assignation du genre reste un enjeu qui fait à la fois office de contrainte et d’élément permettant de se démarquer.

Ce projet de recherche visait justement à identifier les principaux portraits construits par les cadrages médiatiques de certaines femmes élues en politique au Québec et au Canada. Nous avons identifié, grâce à une analyse de discours, six portraits clés reliés au cadrage des politiciennes, soit le méta-portrait Femmes avant tout, ainsi que les portraits Dames de fer, Bonnes Mères, Battantes, Stars et Pionnières exceptionnelles. Bien que ces portraits offrent une idée de ce que fait la médiatisation des politiciennes et du rôle que peut y jouer le genre, nous sommes conscientes qu’ils peuvent varier au fil des évènements ou des progrès de nos sociétés. Ainsi, ces femmes ont des représentations médiatiques construites par différents cadrages, variant selon les sujets des articles, le contexte politique et leur personnalité. Ces portraits proposent donc une photo d’une époque, d’un contexte précis dans un processus où des rapports de force beaucoup plus grands sont présents et notamment influencés par le genre. En ce sens, il est tout à fait possible qu’une femme puisse passer d’un portrait à l’autre au cours de sa carrière. À titre d’exemple, une politicienne pourrait passer de Battante, à Bonne Mère ou à Dame de fer, selon le moment de sa carrière, ses fonctions et le parti qu’elle représente. Dans notre cas, nous avons étudié les années où Mme Pauline Marois était ministre et non pas chef de son parti, donc en position de pouvoir. Nous croyons que, si nous avions inclus la couverture médiatique des dernières années, son portrait aurait été très différent, en raison de ses plus grandes responsabilités et des prises de décision relatives à un tel poste. De plus, nous avançons qu’il est possible que les représentations médiatiques des politiciennes qui ne font pas partie de notre corpus produisent des portraits hybrides ou utilisent à la fois les éléments clés de chacun des principaux cadrages.

De plus, les cadrages analysés proviennent des moments où les politiciennes occupent un poste de ministre. Aussi, nous croyons qu’en période électorale, en raison de la polarisation des discours, les cadrages pourraient être plus radicaux, situés davantage dans une logique d’opposition et d’attaque ou de politique de type horse race (Parry-Giles et Parry-Giles, 1996). Bien que notre recherche ne porte pas sur les campagnes électorales ou les courses à la chefferie, nous croyons qu’identifier les cadrages présents dans ce type de période pourrait aider à comprendre comment s’articule la médiatisation des politicien(ne)s du Québec et du Canada. Plus encore, nous aimerions continuer dans cette voie, lors d’une vaste étude longitudinale et comparative entre hommes et femmes de leurs représentations médiatiques. En effet, nous croyons que de poursuivre notre réflexion en incorporant cette fois les cadrages dominants chez les politiciens permettrait d’avancer des conclusions différentes et de s’inscrire dans le prolongement des travaux de plusieurs chercheurs (entre autres Kahn, 1996; Heldman et coll., 2005; Norris, 1996). De plus, comme le genre normalise les discours entourant le monde politique, il y a lieu de se demander : qu’arrive-t-il si un homme ne respecte pas les éléments liés à la description du mâle alpha souvent présente en politique? Est-il possible que le genre, par son aspect dichotomisant, puisse nuire aussi à certains hommes qui ne correspondent pas à ce modèle du bon père de famille?

Force est alors de constater que ce ne sont pas seulement les femmes qui font l’objet d’un cadrage en fonction du genre. Tel que nous l’avons discuté ailleurs (Lalancette et Lemarier-Saulnier, à paraître 2013; Lalancette, 2011), au Canada et au Québec, la conjointe et les enfants des acteurs politiques masculins sont abondamment utilisés lors des campagnes à la direction d’un parti politique afin d’illustrer à quel point ces leaders représentent le « quintessential family model ». Le fait de ne pas avoir des enfants ou d’être divorcée nuisent également à la candidate féminine. Bien que notre étude ne s’intéresse actuellement qu’aux femmes, en raison de l’opposition construite par le genre entre le monde politique et la féminité associée aux femmes, nous pensons qu’il serait aussi intéressant de poursuivre des travaux plus larges sur l’impact du genre dans les pratiques quotidiennes des journalistes et des parlementaires. En ce sens, nous croyons que comprendre les pratiques genrées du monde politique ne permettra pas, selon nous, de les faire disparaitre. Ultimement, cela pourra aider les politicien(ne)s à manœuvrer plus aisément entre les normes du milieu et le filtre médiatique, mais cela ne fera pas s’estomper le débat entourant la performance des parlementaires féminins.

Au final, cette recherche soulève également plusieurs questions ayant trait aux représentations des acteurs politiques et à la double contrainte qui semble toujours exister pour les femmes. Il y a alors lieu de se demander en quoi ces représentations et attentes envers les acteurs politiques et l’implicite masculin qui y est relié constituent toujours un obstacle à la participation citoyenne et ultimement à l’implication en politique. Les citoyennes voyant ces femmes ainsi dépeintes pourraient certainement être tentées de ne pas s’impliquer en politique, voire de ne pas offrir leur appui à ces actrices. Ce faisant, la norme masculine serait de nouveau renforcée.

Notes

1. Nous aimerions remercier les évaluatrices anonymes de cet article, de même que les évaluateurs du mémoire de maîtrise associé à cette publication. Nous tenons également à souligner le soutien financier de l’UQTR, par le biais de diverses subventions d’aide à la recherche et à la diffusion.

2. Il est important de noter que la personnalisation n’est pas exclusive au monde politique. Elle serait aussi observable dans d’autres sphères d’activité telles que le sport, la culture et les médias.

3. Cette course à la chefferie est le résultat de la fusion réalisée en 2003 entre l’Alliance canadienne et le Parti progressiste-conservateur. La course oppose Stephen Harper, Belinda Stronach et Tony Clement. Stephen Harper deviendra le premier chef du Parti conservateur du Canada, poste qu’il occupait toujours lors de la rédaction de cet article.

4. Ce taux a été obtenu lors de l’élection provinciale de 2003. Il était de 25,6 % en 2007 et de 29,1 % en 2011. De 2003 à 2010, le premier ministre Jean Charest a nommé au Conseil des ministres autant de femmes que d’hommes (Maillé, 2012), une parité souvent soulignée par les médias et les acteurs politiques.

5. Statistiques consultées en ligne, avril 2012, sur le site officiel du Parlement canadien, adresse URL : http://bit.ly/MHm9yg .

6. Pour plus d’informations sur le principe des quotas et les pays adhérant à cette formule, nous vous invitons à consulter le Gender Quotas Project, à l’adresse URL suivante : http://www.quotaproject.org/index.cfm .

7. D’autres mesures ont été discutées dans le cadre des consultations de 2011 au sujet de la deuxième politique gouvernementale intitulée Pour que l’égalité de droit devienne une égalité de fait. Vers un deuxième plan d’action gouvernemental pour l’égalité entre les femmes et les hommes. Consultations menées par la Commission des relations avec les citoyens.

8. Nous sommes conscientes que Page (2003) ne se rapporte pas explicitement aux travaux sur le cadrage; par contre, la méthode utilisée et les conclusions tirées de son analyse nous permettent de tisser des liens de parenté entre ces travaux et ce concept.

9. Ces archives sont composées de documents liés aux politicien(ne)s actuels et passés. On y retrouve notamment des articles de journaux, des biographies, ainsi que l’ensemble de leurs interventions en chambre et en commission. Ces archives sont ouvertes au public.

10. Quoique non élue, Kim Campbell a été la première femme Première Ministre du Canada alors qu’elle succédait à Brian Mulroney en juin 1993. Son gouvernement fut battu aux élections d’octobre 1993.

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