Canadian Journal of Communication Vol 37 (2012) 613-624
©2012 Canadian Journal of Communication Corporation


Beastness Is Our Culture
Le legs de Marshall McLuhan aux Études animales

David Jaclin

Université de Montréal / Muséum national d’Histoire naturelle, Paris

David Jaclin is a PhD candidate both in the Communication Department of the University of Montréal, C.P. 6128, succursale Centre-ville, Montréal QC H3C 3J7, and at the Museum of Natural History in Paris. Email: davidjaclin@gmail.com .


ABSTRACT  Shaping a human world is generally understood from an inorganic point of view. Sand becomes microchips while stones are turned into homes, projectiles or writing surfaces. In this article, I suggest broadening these conceptions and looking at the shaping of our world from an organic point of view, with an emphasis on communities composed of humans and their other ancestrally modified companions: “domestic” animals. Using a media ecology-oriented theoretical apparatus, I discuss McLuhan’s legacies from an Animal Studies perspective. Although his work mostly applied to press, TV or radio, can we actualize it to reconsider the existences of some biotechnologically altered organisms? Can over-productive cows, landscaped dogs, estrogenized tigers, spider goats and other reformed guinea pigs be thought of as ever-evolving media?

KEYWORDS  Animal studies; Media theory; Biotechnologies; Marshall art

RÉSUMÉ  Le façonnement du monde humain est généralement associé à la mise en forme de l’inorganique et aux possibilités technologiques qui en découlent. C’est ainsi que le sable peut être transformé en microprocesseurs ou devenir verre tandis que la pierre peut éventuellement servir à la construction d’abris ou de projectiles. Dans cet article, je suggère d’élargir certaines de ces conceptions anthropogéniques, ainsi qu’une partie de la théorie médiatique, à l’organique et à la manipulation animale. Je propose ainsi de repenser la frange mutante de notre bestiaire moderne (chèvres-araignées, tigres oestrogénéisés, condors GPS,) comme autant de media en constante évolution. Depuis la perspective des Études animales, je reviens sur l’héritage de McLuhan et sur l’écologie médiatique qui s’en inspire. Car, même si son travail s’intéresse principalement aux médias, à la presse, à la télévision ou encore à la radio, en actualiser style et principes jette une lumière nouvelle sur l’existence biotechnologiquement modifiée d’une partie du vivant.

MOTS CLÉS  Études animales; Théorie médiatique; Biotechnologies; Art Marshall


Nous aurions pu choisir la vache parce qu’elle produit plus de lait
ou la souris parce que c’est plus simple d’y transférer des gènes.
Si nous avons opté pour la chèvre, c’est parce que son cycle de reproduction est plus rapide que celui de la vache et
parce que c’est un animal plus facile à traire que la souris!

–Jeffrey Turner (CEO, Nexia Biotechnologies), 2003

I want to map new terrain rather than chart old landmarks.

–Marshall McLuhan, 1969 

Ce texte n’est ni une exégèse, ni un dithyrambe. Son projet n’est pas de déterminer si oui ou non Herbert Marshall McLuhan avait vu juste, ni d’ailleurs si justesse il peut y avoir. Le projet de cet article est exploratoire et sa visée, performative. Il s’agit d’une expérimentation. Sous la forme détournée d’un métalogue (Bateson, 1972), je provoque la transe d’un chamane médiatique, de son esprit organique et de son corps académique en orchestrant la rencontre d’un homme (et de sa pensée mainte fois parcourue) avec un territoire (et ses cultures émergentes encore en friches). J’invite ainsi le medium McLuhan à une expérience textuelle.

Depuis quelques années déjà, aux quatre coins du globe, bourgeonne un champ académique insolite. Transversal, son objet d’étude – ou plutôt, son intérêt – est tout entier fondé sur une nouvelle appréhension des relations humains-animaux. Par-delà l’Homme et l’Animal, au-delà des humanités et des sciences zoologiques qui les distinguent traditionnellement, s’écrivent aujourd’hui ce qu’on désigne désormais comme les Études animales (Kalof et al., 2007). Ce que McLuhan aurait pensé de telles humanimalités, je n’en ai aucune idée. En revanche, ce que ces Études culturelles pourraient faire de son héritage, de son style et de certains de ses concepts, voilà ce qui me paraissait plus intéressant.

Nous savons l’affection particulière du personnage pour les aphorismes, son goût prononcé pour les coups de sonde [probes] et pour cette étrange forme d’écriture, à la fois participative et psychogénique, que ces kōan d’un nouvel âge représentent. C’est ainsi que ce Goliath médiatique revendiquait l’art des explosions cognitives, selon lui nécessaires à la réflexion productive et à l’appropriation véritable des idées. C’est dans le même esprit que se déploie cet article, depuis une fable aux multiples résonances et dans le creux d’un puits dont le fond sert ici de source comme de souffle. Une fable qui n’est pas sans rappeler la force et la forme de certains aphorismes. Un récit à valeur heuristique comme ce genre littéraire les affectionne. Une œuvre au bestiaire travesti et à la morale domestique que des mouvements successifs de dés-anthropomorphisations et de ré-anthropomorphisations mettent habilement en scène. Pleine de vitalité, animée et animalisée, la fable est donc un medium chaud. Une forme d’écriture haute définition parfaitement indiquée pour servir à la fois d’antichambre et de caisse de résonnance à cette discussion autour de l’animal/medium.

Le Renard et le bouc

Un renard étant tombé dans un puits se vit forcé d’y rester. Or, un bouc pressé par la soif étant venu au même puits, aperçut le renard et lui demanda si l’eau était bonne. Le renard, faisant contre mauvaise fortune bon cœur, fit un grand éloge de l’eau, affirmant qu’elle était excellente, et il l’engagea à descendre. Le bouc descendit à l’étourdie, n’écoutant que son désir. Quand il eut étanché sa soif, il se consulta avec le renard sur le moyen de remonter. Le renard prit la parole et dit : « J’ai un moyen, pour peu que tu désires notre salut commun. Veuille bien appuyer tes pieds de devant contre le mur et dresser tes cornes en l’air ; je remonterai par là, après quoi je te reguinderai, toi aussi. » Le bouc se prêta avec complaisance à sa proposition, et le renard, grimpant lestement le long des jambes, des épaules et des cornes de son compagnon, se trouva à l’orifice du puits, et aussitôt s’éloigna. Comme le bouc lui reprochait de violer leurs conventions, le renard se retourna et dit : « Hé ! camarade, si tu avais autant d’idées que de poils au menton, tu ne serais pas descendu avant d’avoir examiné le moyen de remonter. »

C’est ainsi que les hommes sensés ne doivent entreprendre aucune action, avant d’en avoir examiné la fin …

Difficile de dire qui est véritablement l’auteur de cette fable, à qui elle appartient, tant ses occurrences et ses appropriations sont nombreuses. Si la paternité revient souvent à Ésope – dont je reprends ici la traduction d’Émile Chambry (1967 [1927]) – Phèdre et Jean de la Fontaine ne seront pas étrangers à la reproduction de ce bestiaire moralisateur et à sa moralité bestialisée. Tous seront moteurs et vecteurs de variations (sémiotiques et herméneutiques), tous moduleront le texte et ses puissances, tous en diffuseront des actualisations plus ou moins créatives. À l’instar donc de ces idées qui ne datent pas d’hier, la fable dite du Renard et de la chèvre (ou du bouc, c’est selon), a compté nombre de porte-paroles, soit autant de moteurs que de conteurs, autant de vecteurs que d’auditeurs.

Premier enseignement d’un art Marshall en développement :
Les idées circulent, d’autant mieux qu’elles n’appartiennent à personne
et qu’elle parlent au plus grand nombre …

Un renard étant tombé dans un puits se vit forcé d’y rester

Ces logiques de circulation, d’appropriation, voire de détournement, renvoient directement aux travaux de McLuhan. Elles constituent des opérations qui pourraient bien ne pas lui avoir déplu, lui pour qui le jeu de mot, le jeu sur les mots, et le jeu avec les mots ont toujours constitué une source intarissable de réflexions (un puits?). Comme dans tout héritage donc, un processus de sélection est ici à l’œuvre. À l’image de ces papiers pour origami (washi), mon propos est fait pour être plié, déplié et replié. Il est construit de manière à déployer, à partir de l’inscription qu’est la fable, une surface de réflexion. Non pas que le bricolage du vivant sur lequel je m’attarde ici soit une pratique nouvelle, mais bien que les outils du bricoleur, eux, soient inédits. En revenant sur l’étrange existence des communautés hybrides que composent ensemble humains et animaux domestiques, j’interroge la plasticité du vivant et le potentiel transformationnel qui pourrait dès lors y être agrégé.

Second enseignement d’un art Marshall en développement :
La reproduction d’entités, êtres organisés, machines comme idées,
répond à un double principe. Proposition et disposition.

Yin. Yang. La nature propose, l’environnement dispose. Les idées se proposent, la pensée tâche d’en disposer. Deux patrimoines génétiques se rencontrent, un troisième s’échafaude. Innovations techniques et créations de l’esprit se mêlent de combinatoire et sont affaire d’élaboration, de jardinage ou de culture. C’est donc une histoire d’écologie que je retranscris ici et une invitation à la bèche que je lance. Car, dans la volée des graines semées par Marshall McLuhan au gré des vents, les pousses donnèrent ici, une variété foisonnante; là-bas, une monoculture sclérosante; ailleurs encore, quelques hybridations prometteuses. Toujours est-il que, en ce qui concerne le terreau des Études animales, ses semailles pourraient s’avérer prodigues.

Or un bouc pressé par la soif étant venu au même puits, aperçut le renard et lui demanda si l’eau était bonne

En reprenant le titre d’un des premiers livres de McLuhan, Culture Is Our Business, j’insiste sur l’idée d’une culture animale, celle d’un champ gravitationnel à l’intérieur duquel nous évoluerions tous : eux, animaux et nous, humains. Publié en 1970, l’ouvrage s’intéressait à cette forme d’écriture populaire qu’est la publicité et démontrait l’importance culturelle de cette littérature « mineure », corpus souvent dédaigné par les cercles littéraires et intellectuels autorisés. C’est à cette occasion que McLuhan développera l’idée d’un environnement invisible duquel émergerait non seulement une série de représentations sociales mais aussi des conduites, des gestes et des comportements. Il fera ainsi, de ces mêmes publicités, la matière d’un nouveau commerce – y compris académique. Voici donc mon hypothèse : l’animal « domestique » est une forme d’écriture organique dont on ne se soucie guère tant elle est familière, alors qu’il s’agit là d’un milieu aussi invisible qu’important pour notre culture.

L’idée d’une invisibilité écologique sera cristallisée par McLuhan, tel un mantra à méditer, dans une sonde cognitive désormais célèbre : « Les poissons ne savent pas que l’eau existe tant qu’ils n’ont pas été jetés sur le rivage. » Notons ici le choix du poisson pour signifier l’humain et celui de l’eau pour désigner l’environnement. Les poissons sont non seulement régulièrement jetés sur le rivage mais cette expérience marquante, en l’occurrence celle de l’air, les accompagnera une fois de retour dans l’eau. Notons aussi que l’eau en question n’est plus nécessairement celle d’un océan ou d’une rivière, mais peut être aussi celle d’un bocal, d’un aquarium ou d’un bassin piscicole. Titre à propos, donc, pour un arrêt sur image du côté des Études animales, pour l’annonce d’un chantier de questionnements liés aux biotechnologies et à ce trafic d’animalités qui alimente quotidiennement une large part de ce beastness dont je développe le principe dans un instant. Reprise de mon hypothèse : les animaux « domestiques » seraient à l’humain ce que l’eau est au poisson.

Le renard, faisant contre mauvaise fortune bon cœur, fit un grand éloge de l’eau, affirmant qu’elle était excellente, et il l’engagea à descendre

Les Études animales, comme la plupart des Études culturelles, s’inscrivent à la croisée de nombreux savoirs académiques (la zoologie, l’anthropologie, mais aussi la psychologie, l’histoire de l’art ou encore les études vétérinaires). La plupart de ces études s’attachent à mieux comprendre le rôle et l’importance des interactions – non seulement biologiques, mais aussi culturelles – qui existent entre organismes vivants d’espèces différentes. Ces études enquêtent donc du côté de nos assiettes (Squier, 2012), de nos laboratoires de recherche (Endersby, 2007), de nos foyers (Manning & Serpell, 2006), de nos entreprises de distractions massives (Acampora et al., 2010), mais aussi de nos littératures (Gross & Vallely, 2012), de nos croyances (Donaldson & Kymlicka, 2011) et de nos sciences (Bolton & Degnen, 2010).

Dans cette même veine humanimale, je m’intéresse aux processus d’information et de communication ainsi qu’au commerce qu’implique toute relation domestique (Jaclin, 2009). Le terme commerce est ici à comprendre au sens que l’on donnait autrefois au mot, non exclusivement économique (comme le laisse aujourd’hui penser son usage), mais bien relationnel. On entretenait commerce avec une dame, on disait d’un homme qu’il était d’un commerce agréable. Le commerce de la bête est un kaléidoscope de modalités relationnelles – une affaire de bricolage donc, mais aussi de braconnage1. En effet, l’Animal est souvent convoqué pour expliquer, voire justifier, centaines de nos comportements (Derrida, 2006; Gould, 1995). Sa figure aide à situer, sur le plan des idées mais aussi sous celui des actes, la hiérarchie des bêtes, la responsabilité des hommes vis-à-vis d’elles, l’importance ou non de leur reconnaître un statut, etc. Sans eux, nous n’existerions pas – littéralement et métaphoriquement. Et sans nous… ils seraient assurément tout autres. Un principe de récapitulation qui n’aurait probablement pas laissé McLuhan indifférent.

Troisième enseignement d’un art Marshall en développement :
Poursuivre un medium (fut-il animal),
dans son développement, dans déploiement historique et domestique,
c’est risquer de découvrir (ou plutôt de ne pas oublier) les usages de mondes.

Voilà donc pour le champ d’investigation, les limites du territoire et le terrain de jeu où McLuhan pourrait nous aider à frayer chemin. En d’autres mots : voilà pour le puits. Pour ce qui est du renard et de la chèvre, cela fait des millénaires qu’ils se connaissent, qu’ils donnent raison à la fable, que le renard se joue encore et toujours de la chèvre. Mais depuis quelques années ce jeu pourrait sembler quelque peu tronqué. Jusqu’ici, la chèvre était chèvre, le renard, renard. Désormais, la chèvre est un peu araignée, un peu humaine. Tandis que le renard …

Actualisation : située à quelques kilomètres de l’île de Montréal, sur les terres d’une ancienne érablière, la compagnie canadienne Nexia Biotechnologies défraya la chronique (et les imaginaires populaires) en bricolant dans son laboratoire, qui était aussi une ferme, des chèvres modifiées génétiquement (Lazaris et al., 2002). Conséquences : leur lait contenait, et leurs pis délivraient, de la soie d’araignée. D’une robustesse à toute épreuve, cette fibre de protéine habituellement filée dans les toiles (BioSteel sera le nom de cette fibre devenue alors marque déposée) serait désormais la raison d’être de l’animal. Soulignons ici l’étrange devenir technique et commercial de tels mutants. D’un genre un peu particulier, ce troupeau d’organismes transgéniques allait devenir, le temps d’une aventure scientifique et commerciale, un carrefour incontournable sur la route de la soie artificielle.

Le bouc descendit à l’étourdie, n’écoutant que son désir

La firme espérait ainsi mettre au point une innovation technique des plus sérieuses, capable notamment de fournir aux départements américain et canadien de la Défense une matière antibalistique (Osborne, 2002). Autrement dit, ces chèvres-araignées produisent du fil pour des gilets pare-balles, pour des raquettes de tennis, pour du matériel de pêche ou encore, pour de la chirurgie.

Inquiétante, la chimère n’est pas unique… L’actualité humanimale brûle de ces gueules et de ces visages plus ou moins monstrueux. Chimpanzés astronautes, saumons de laboratoire, tigres de garage, condors satellites, et autres ménageries hollywoodiennes composent désormais une version mutante et biotechnologique de l’arche de Noé. À l’image des chèvres-araignées, toutes ces existences sont – en elles-mêmes et pour elles-mêmes – problématiques.

Quatrième enseignement d’un art Marshall en devenir :
Entrer dans la forme, sortir de la forme.
Et tâcher de trouver son chemin …

Quand il eut étanché sa soif, le bouc se consulta avec le renard sur le moyen de remonter. Le renard prit la parole et dit : « J’ai bien un moyen… »

Chaque organisme est le vivant résultat – l’aboutissement mais aussi le témoin et le messager – d’une évolution millénaire. Cependant, quelques-uns de ces organismes se sont vu greffer, à l’extrémité de ce continuum évolutif, une prothèse culturelle. Plus exactement : une extension humaine (Pell & Allen, 2010). Ces formes de vie animales d’un nouveau genre, la biologie seule ne saurait en rendre compte. À l’instar de nombreux organismes, les chèvres-araignées sont le résultat de deux histoires, de deux narratifs écologiques, de deux lignages : l’un, biologique, l’autre, culturel. Dans ces conditions, demandent les chèvres aux renards, qu’est-ce que les théories médiatiques pourraient faire pour les Études animales?

La plupart du temps cantonnées aux seules machines – à l’inorganique transformé – les études de la science et de la technique en général ont déployé tout un arsenal visant à mieux comprendre ce que la vie partagée des hommes et des machines produisait de situations nouvelles mais aussi de capital, d’usages, d’interactions, de modes de vie, d’affects, de devenirs (Akrich, Latour, & Callon, 2006). Il s’agit dans ces cas-là de penser non seulement les conditions de possibilité d’une innovation technique mais bien aussi ses effets, à la fois technologiques et sociaux.

« Pour peu que tu désires notre salut commun, veuille bien appuyer tes pieds de devant contre le mur et dresser tes cornes en l’air; je remonterai par là, après quoi je te reguinderai, toi aussi. » Le bouc se prêta avec complaisance à sa proposition

Inférence : ce n’est plus seulement l’inorganique mais l’organique, non plus seulement la technologie mais le vivant biotechnologisé, non plus seulement le sable et les microprocesseurs mais bien l’ADN et les chèvres-araignées, qu’il faudrait maintenant considérer comme le résultat et le processus de médiations, c’est-à-dire comme le puissant milieu d’individuations complexes (Simondon, 2010). Dès lors, l’animal pourrait à la fois apparaître comme un objet (d’élevage, de reproduction, d’implication), comme un sujet (vivant, souffrant, communiquant, plus ou moins empli d’intentionnalité) mais aussi comme un medium (un milieu, un moyen, un intermédiaire). Dans la foulée des travaux de McLuhan, je me demande si nos animaux domestiques ne seraient pas finalement, eux aussi, devenus des messages? Mais un medium, qu’est-ce que c’est? Ou, plus exactement, qu’est-ce que ça fait?

Pour la biologie, un medium est la substance à l’intérieur de laquelle ou grâce à laquelle une culture se développe. Pour la médiatique, un medium est une technologie à l’intérieur de laquelle une culture se développe. Pour les Études animales, un medium pourrait bien être un organisme vivant à l’intérieur duquel se développe une culture. Car, bien que les analyses de McLuhan s’appliquent essentiellement aux médias, souvent à la presse, à la télévision ou à la radio, nous pourrions tout aussi bien en réutiliser le potentiel intelectuel pour penser l’existence d’une faune post-naturelle.

Cinquième enseignement d’un art Marshall en développement :
Apprendre à défaire ses raisons  pour mieux occuper,
en le cultivant, le potentiel de chaque situation.
Ce qui « existe » ne saurait se réduire à  ce qui « est ».

… Et le renard, grimpant lestement le long des jambes, des épaules et des cornes de son compagnon se trouva à l’orifice du puits, et aussitôt s’éloigna

Pour McLuhan, tout medium est une métaphore active, tant son pouvoir est capable de traduire l’expérience en de nouvelles formes (McLuhan, 1964). Prenez l’exemple de n’importe quel animal « domestique » (chiens, chats, cochons, poulets, vaches, etc.) et tâchez de comparer deux représentants d’une même espèce. L’un pourrait être « naturel » (c’est-à-dire plus ou moins semblable à ses ancêtres), l’autre plutôt bricolé (c’est-à-dire de moins en moins semblable à ses ancêtres). Fruit d’une longue sélection artificielle (Darwin, 1896), ces derniers traduisent effectivement (en de nouvelles formes!) l’existence d’un « poulet » ou d’un « chien » particulier mais bien aussi le potentiel d’information de la vie animale en général. La plasticité du poulet, du chien, de l’humain n’est pas limitée au poulet, au chien ou à l’humain… Ici, les processus génétiques et métaboliques sont détournés à la faveur de logiques productives, économiques et politiques, qui ensemble font de l’individu et de son existence une expérience complète et un mode de vie expérimental.

Il faudrait d’ailleurs essayer de trouver un autre terme que « domestique », qui dit bien le foyer et la quotidienneté, qui transpire également la vie partagée et les compromis, mais qui oublie un peu trop vite l’apprivoisement, le long et lent processus de familiarisation qu’il charrie (en chinois, un tel processus se dit précisément Kung Fu). Alors seulement, nous pourrions considérer la plupart des animaux comme les composants actifs d’un dispositif technique mais aussi social, économique, politique et culturel. Nous comprendrions peut-être un peu mieux le potentiel mutagène des interactions humanimales. La question se pose donc au sujet des processus communicationnels qui informent le potentiel d’inscription des existences animales, et ce faisant, perturbe bon nombre de nos conceptions humanistes.

Comme le bouc lui reprochait de violer leurs conventions, le renard se retourna et dit…

Nous avons hérité des Lumières l’idée glorieuse qu’un individu est une entité à part entière, capable d’autogestion, de libre arbitre et d’indépendance. Nous (re)découvrons, avec l’avènement de l’âge non plus électrique mais génétique, les logiques universelles du vivant, soit l’interdépendance et les implications écologiques qui relient ensemble la totalité des formes de vie (Margulis & Sagan, 2003).

Si l’ADN est ce grand mécano avec lequel jouer, se dépasser et éventuellement se réinventer, c’est aussi une cause sérieuse de dommages. Cela modifie bien sûr notre conception du patrimoine génétique des individus, mais cela bouleverse aussi nos conceptions, pourtant profondes, de ce qu’est un Animal et de ce que nous sommes, nous Humains, à sa suite – de plus, de moins, de semblable, d’autre. Effroyable xénotransplantation… Tapie à l’intérieur même du génome, la manipulation de ce fameux code pourrait bien avoir raison des murs et des identités, du puits, de la chèvre et du renard. Cette culture humanimale émergente, technologiquement orientée, industrielle et moléculaire, abrite ainsi (nourrit et reproduit aussi), un bios sous tutelle. Je rappelle ici la vieille distinction, grecque, entre Zoé et Bios (Agamben, 1997; Arendt, 1961). Bios dit le vivant sans forme, informe, Zoé, le vivant informé; biologie d’un côté, zoologie de l’autre. Discutable, la distinction continue de faire le lien entre les vivants et les morts, entre « animogénèse » et medium.

Dans une perspective à la fois anthropologique et médiatique, il me paraît pertinent de souligner la puissance du pouvoir chèvre, qui, même si elle reste bloquée au fond du puits, n’en sert pas moins d’échelle. Les chèvres-araignées ne sont pas seulement des véhicules passifs réductibles à un dispositif de transmission ou à des signaux. Elles sont aussi milieux, intermédiaires, dispositifs de production et messages. Ce double aspect, cette élévation au carré qui est le propre de la médiation, les théories modernes en sciences de l’information et de la communication l’ont, dans la continuité des travaux de McLuhan, très bien souligné. Un medium est tout sauf neutre : en tant qu’intermédiaire, il voit son pouvoir étendu et sa possibilité d’action augmentée proportionnellement à l’importance du message qu’il transporte. Un message donc, qu’il transmet autant qu’il produit. Véhicule et chauffeur, donc.

« Hé ! camarade, si tu avais autant d’idées que de poils au menton, tu ne serais pas descendu avant d’avoir examiné le moyen de remonter. »

L’animalité bricolée est donc non seulement porteuse – de gène, d’argent, d’espoir – mais donneuse – de sang, de vie, de leçons. Ainsi, l’animal domestique est à la fois le résultat d’expérimentations mais bien aussi un mode de vie expérimental à lui tout seul. En tant qu’organisme génétiquement modifié dont la physiologie comme les activités diffèrent significativement de celles de ses ancêtres, il n’est plus cet animal que nous connaissions mais bien un mutant, c’est-à-dire, – le produit et le processus d’individuations pionnières. Dès lors, plutôt que de considérer ces animaux transformés comme les ambassadeurs d’un cabinet de curiosités moderne, plutôt que de devoir décider qui, dans cette histoire, est leurre, leurré ou leurrant, objet ou sujet, chèvre ou renard, je propose de penser cette transformation de manière co-constitutive, imbriquée et embarquée.

Voilà pour les corps, l’eau et l’environnement invisible. Reste la morale, car, par-delà la simple justification utilitaire (« l’humain a des besoins, pour cette raison nous capturons, sélectionnons, croisons, reproduisons, élevons, éliminons, préservons, sauvons des millions d’animaux »), il me semble nécessaire d’appréhender, à l’aide de McLuhan et de certaines de ses fulgurances, ces associations domestiques non seulement sous l’angle de leurs productions (génétiques, économiques. politiques et sociales) ou sous celui de leurs conditions de possibilités (biologiques et culturelles) mais bien aussi sous l’angle de leur potentialités (individuantes et désindividuantes).

Ces formes de vies contemporaines, animales et mécaniques, sont éventuellement inquiétantes. Or, de la même manière que McLuhan se souciait de répondre intelligemment aux inquiétudes de son époque, il pourrait être intéressant d’élaborer, grâce à lui et à travers lui, une série d’éléments, non pas de réponse, mais d’explication. Plutôt que du prescriptif, du descriptif donc, d’abord et avant tout.

Sixième enseignement d’un art Marshall désormais développé :
Dans le combat des feux, veiller à ne pas perdre son sang froid.
Un événement, quel qu'il soit, ne se limite pas à des possibles conditionnés.

C’est ainsi que les hommes sensés ne doivent entreprendre aucune action, avant d’en avoir examiné la fin

Comme de nombreux penseurs avant lui, McLuhan s’inquiète du décalage qui existe entre ce que nous produisons et les effets que ces productions ont, entre notre capacité à faire et nos possibilités de nous figurer ce que nous faisons. Regrettant que nous pensions aujourd’hui les situations de demain avec nos concepts d’hier, il se demanda toute sa vie comment faire pour s’en sortir, alors même que nous sommes pris dans le Maelström (McLuhan, McLuhan, & Zingrone, 1995).

McLuhan suggère ainsi, à la relecture d’une nouvelle d’E. A. Poe (A Descent into the Maelström) que le repérage de motifs récurrents [pattern recognition] permettrait, non pas de mettre un terme au cyclone, mais d’en distinguer les régularités pour mieux s’en extraire. Pris dans la tempête, le pêcheur/pécheur ne peut arrêter les forces de la nature. En revanche, grâce à son observation, il pourrait y découvrir une faille, une différence dans la répétition, une porte de sortie dans la régularité du tourbillon. C’est là sa planche de salut.

En ce qui concerne les animaux domestiques, le trope est aussi ancien qu’indéboulonnable. Nous modifions, à souhait, le monde qui nous entoure et piratons depuis des lustres les forces de la nature animale (pas de chiens, de chats, de chèvres ou de cochons dans la « nature » mais des formes ancestrales détournées au profit d’un intérêt privé). De proies, nous sommes ainsi devenus prédateurs, de frêles nous sommes éventuellement devenus forts (Diamond, 1999). Trop forts peut-être, puisqu’un simple coup de feu atomique ou bactériologique saurait avoir raison de la plupart d’entre nous, et ce, en l’espace de quelques instants. Ce pouvoir de construire, acquis de longue haleine, ne va donc pas sans un pouvoir de détruire.

Énième enseignement d’un art Marshall désormais à refonder :
Souple dans le dur, dur dans le souple.

Des extensions de l’homme et d’une pensée de l’exo-prothèse proposé par McLuhan, nous pourrions tout aussi bien passer aux intensions (et aux intentions) de l’homme ainsi qu’à nos endo-prothèses. De la même manière que nos outils techniques ont contribué à augmenter savoir et pouvoir sur le monde extérieur, notre outillage animal pourrait bien nous apprendre à redécouvrir non seulement notre dehors mais aussi notre dedans, notre dehors depuis notre dedans, notre dedans depuis notre dehors. Les échelles de perceptions et de sensations que modulent nos media ont toujours eu pour conséquence une altération de nos niveaux de conscience. Si l’animal est ici medium, alors il a un effet sur notre sensorium et ce, de manière inhabituelle. Mi-machine, mi-vivant, il porte les stigmates d’une technologie de la même façon qu’il véhicule cette animalité dont nous sommes encore, tous, un peu le jouet.

Le microscope, déjà, révélait l’existence d’une vie bactérienne dont on goûtait les effets mais dont on ne distinguait pas véritablement les formes. Le cerf de Laponie sert parfois de filtre à substances hallucinogènes trop concentrées pour les hommes. Le cervidé digère le champignon qu’une main a cueillie pour lui, tandis qu’une transe plus tard, les hommes récolteront, avant de la boire, son urine/élixir.

Il existe, dans les conceptions mcluhaniennes du sensorium, un postulat biologique fort. En effet, lorsque McLuhan développe l’idée d’extension et de prothèse sensorielles, il semble présupposer un équilibre biologique préalable – équilibre que le village global et son retour à une communication tribale pourraient permettre de retrouver (McLuhan, McLuhan, & Szlarek, 1999). Or, cet équilibre biologique qui justifie dès lors l’idée et le principe d’un optimum à atteindre (ou d’un déséquilibre à réparer) suppose une modularité des sens. C’est ainsi que McLuhan aura élaboré une théorie de l’élasticité (McLuhan & McLuhan, 1988). Or, plutôt que de considérer un corps, un sens ou un membre d’un point de vue élastique, à partir donc d’un idéal et de ses déformations plus ou moins viables, je voudrais proposer un autre principe, celui de plasticité. En effet, la plasticité dit mieux le potentiel d’inscription, la capacité à prendre ou à donner forme (Lambert & Rezsöhazy, 2007). La plasticité transpire non seulement le mouvement mais l’animation et dispose d’une propension sérieuse à l’information, autant de qualités qui ne sauraient être réduites aux composants en présence, ni même encore déduites du résultat final. Plutôt qu’en termes de logiques adaptatives (par rapport à quelque chose, autre chose est adapté), je propose de réfléchir en termes de logiques créatives. Yin. Yang. Les réponses que n’importe quel organisme vivant propose aux questionnements ou aux contraintes de l’environnement (c’est-à-dire les réactions d’un être vivant à des messages), ne peuvent être tout entières contenues dans le message lui-même mais peuvent tout aussi bien jaillir d’un détournement exploratoire (Massumi, 2011). À la chaîne causale des études sur la réception des médias – qui d’ailleurs ne cesse de s’allonger, depuis la magic bullet jusqu’aux usages et aux interactions – je propose de substituer l’idée d’une fragmentation « agrégeable », non plus donc le prolongement ou le détournement d’un sens mais la transformation et l’expérience d’une sensation nouvelle, d’un complexe synesthésique modulé.

Voilà bien un enjeu d’actualité : apprécier la réalité universelle qui fait du vivant un tout en mettant une paire de lunettes moléculaires sur le nez des savoirs scientifiques et humanistes. Nous risquerions bien alors, de découvrir à quel point notre accès à ce que nous appelons « réalité » mériterait d’être dégrossi.

J’ai donc proposé de développer un art Marshall interne, de mettre au point une pratique renouvelée du sensorium, capable d’encaisser les découvertes de ce prochain millénaire qui pourraient bien être, non plus nécessairement terrestres, spatiales ou océaniques mais aussi tissulaires, cellulaires et moléculaires. Un art Marshall donc, capable d’accompagner l’entreprise ontologique de cartographie moderne et de faire tomber, du dedans cette fois, de nouvelles terra incognita.

À l’origine des arts martiaux, on ne trouve pas de Bruce Lee ou de combattants redoutables capables d’incorporer nombre de techniques d’autodéfense. Non, à l’origine des arts martiaux on trouve des paysans menacés par la maladie ou la famine, on trouve une nécessité bien humaine (animale?) de se prémunir non seulement contre des ennemis extérieurs, contre d’autres humains, mais aussi contre des ennemis intérieurs, contre ces maladies qui empêchent la pleine disposition des moyens, moyens pourtant indispensables au travail de la terre et à l’alimentation des siens.

Pratiquer les arts martiaux signifiait alors cultiver la vie qui est en soi, apprendre à contrôler pour les mieux préserver (et choisir ensuite, éventuellement, de les dépenser à sa guise) les souffles vitaux (anima, en grec). Notre art Marshall signe ici le retour à une découverte intérieure, une inclinaison au dialogue de soi à soi. Placer le Canada sur une carte du monde est parfois plus facile que de situer son propre diaphragme. Si les médias travaillent à ce point nos sens, encore faudrait-il être conscient de ses sens, encore faut-il être non seulement locataire de soi-même, mais quelque peu propriétaire, a minima maître des lieux.

Pour conclure, en écho au titre de ce numéro spécial, je rappellerai la visée des arts martiaux – d’obédience taoïste, ceux-là (Étiemble, Laozi, Zhuangzi, & Liezi, 1980) – pour lesquels il n’est d’illumination (ou d’accomplissement) que dans la voie ou, ce qui pourrait être l’enseignement majeur de notre art Marshall, dans le medium, dans l’animal que nous sommes, dans cet espace très spécial de cultures, de vitalités et de projections que nous occupons.

Un renard étant tombé dans un puits se vit forcé d’y rester …

 

Remerciements

L’auteur tient à remercier Thierry Bardini, le comité éditorial du CJC, ainsi que les membres du SNS dont les commentaires et suggestions ont contribué à améliorer la version originale de cet article.

Note

1. Je propose le terme d’aniculture pour penser non seulement l’élevage d’animaux et la domesticité qui s’y rapporte mais bien aussi l’élévation (ou la descente aux enfers) qui y sont associés. Qu’il s’agisse de vaccins ou de zoonoses, de meilleur ami ou de souffre-douleur ou encore de construction philosophique à double tranchant, l’animal sauve autant qu’il tue tandis que les animaux nous sauvent au moins autant que nous les tuons.

Références

Acampora, R. R., Pedersen, H., Dian, N., Chrulew, M., Wlech, J., Acampora, R., Mazur, N., et al. (2010). Metamorphoses of the zoo: Animal encounter after Noah. Lanham, MD: Rowman & Littlefield.

Chambry, É (1927 [réimpr. : 1960 et 1967]), éd. et trad. fr., Ésope. Fables, Paris, Belles Lettres.

Agamben, G. (1997). Le pouvoir souverain et la vie nue. Paris: Seuil.

Akrich, M., Latour, B., & Callon, M. (2006). Sociologie de la traduction : Textes fondateurs. Paris: École des mines de Paris.

Arendt, H. (1961). Condition de l’homme moderne. Paris : Calmann-Lévy.

Bateson, G. (1972). Steps to an ecology of mind: Collected essays in anthropology, psychiatry, evolution, and epistemology. San Francisco: Chandler Pub. Co.

Bolton, M., & Degnen, C. (Éd.). (2010). Animals and science: From colonial encounters to the biotech industry. Cambridge Scholars Publishing.

Darwin, C. (1896). The variation of animals and plants under domestication. New York: D. Appleton and Co.

Derrida, J. (2006). L’animal que donc je suis. Paris : Galilée.

Diamond, J. (1999). Guns, germs, and steel: The fates of human societies. New York: W.W. Norton & Co.

Donaldson, S., & Kymlicka, W. (2011). Zoopolis: A political theory of animal rights. Oxford University Press.

Endersby, J. (2007). A guinea pig’s history of biology. Cambridge, Mass.: Harvard University Press.

Étiemble, Laozi, Zhuangzi, & Liezi. (1980). Philosophes taoïstes. (Pléiade.) Paris : Gallimard.

Gould, S. J. (1995). Keynote address: « In the company of animals » conference. Social Research, 62(3), 609-637.

Gross, A., & Vallely, A. (Éds.). (2012). Animals and the human imagination: A companion to animal studies. New York: Columbia University Press.

Jaclin, D. (2009). Beastness School : L’humanité sur les bancs de l’école domestique. Montréal.

Kalof, L., Pohl-Resl, B., Boehrer, B., Senior, M., Kete, K., & Malamud, R. (2007). A cultural history of animals (Vols. 1-6). Oxford: Berg.

Lambert, D., & Rezsöhazy, R. (2007). Comment les pattes viennent au serpent : essai sur l’étonnante plasticité du vivant. Paris: Flammarion.

Lazaris, A., Arcidiacono, S., Huang, Y., Zhou, J.-F., Duguay, F., Chretien, N., Welsh, E. A., et al. (2002). Spider silk fibers spun from soluble recombinant silk produced in mammalian cells. Science, 295(5554), 472-476. doi:10.1126/science.1065780

Manning, A., & Serpell, J. (2006). Animals and human society: Changing perspectives. London/New York: Routledge.

Margulis, L., & Sagan, D. (2003). Acquiring genomes. New York: Basic Books.

Massumi, B. (2011). Ceci n’est pas une morsure. Animalité et abstraction chez Deleuze et Guatarri. Philosophie animale française, Hiver 2011(112), 67-91.

McLuhan, M. (1964). Understanding media: The extensions of man. New York: McGraw-Hill.

McLuhan, M., & McLuhan, E. (1988). Laws of media: The new science. Toronto; Buffalo: University of Toronto Press.

McLuhan, M., McLuhan, E., & Szlarek, J. (1999). The medium and the light: Reflections on religion. Toronto; New York: Stoddart.

McLuhan, M., McLuhan, E., & Zingrone, F. (1995). Essential McLuhan. New York, NY: BasicBooks.

Osborne, L. (2002, juin 16). Got silk. The New York Times. Consulté de http://www.nytimes.com/2002/06/16/magazine/16GOAT.html .

Pell, R., & Allen, L. (2010). Strategies in genetic copy prevention. Vol. 1., A catalog of the techniques and technologies that have been used for the prevention of biological reproduction. Pittsburgh, PA: Center for PostNatural History.

Simondon, G. (2010). Communication et information. Chatou : Éditions de la transparence.

Squier, S. (2012). Poultry science, chicken culture: A partial alphabet. New Brunswick, NJ: Rutgers University Press.


 



  •  Announcements
    Atom logo
    RSS2 logo
    RSS1 logo
  •  Current Issue
    Atom logo
    RSS2 logo
    RSS1 logo
  •  Thesis Abstracts
    Atom logo
    RSS2 logo
    RSS1 logo

We wish to acknowledge the financial support of the Social Sciences and Humanities Research Council for their financial support through theAid to Scholarly Journals Program.

SSHRC LOGO